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Lahbabi,
peintre et céramiste
Certes la céramique
est un art pratiqué depuis des siècles en Afrique
du Nord. Depuis Volubilis jusquaux zelliges de la haute et
belle époque, et jusquà aujourdhui, le
carrelage a embelli les demeures du Royaume chérifien, et
dailleurs de tout le Maghreb.
Avec Kamal
Lahbabi, architecte devenu maître-céramiste par passion,
la donne change : le céramiste nest plus un artisan
reproduisant des motifs quasi immuables, mais un artiste à
part entière, qui peint en céramique et de qui chaque
pièce est unique. Autant de compositions, autant de tableaux
différents. Les créations de Kamal Lahbabi ont cet
avantage, par rapport aux travaux sur toile des autres peintres,
et aux siens propres, quils dureront bien mille ans
à moins que la maison dans laquelle ils auront été
intégrés ne sécroûle prématurément,
ou que des vandales ne les agressent à coup de marteau
Voici un artiste
dont les oeuvres, délicatement figuratives, enchantent le
regard et lesprit : chacune dentre elles raconte une
histoire ; quand elles sont rassemblées, cest tout
un roman qui se déploie sous nos yeux. Ce roman, on le trouvera
également, au sens propre, à la galerie Al Manar ;
en effet Kamal a eu la bonne idée de traduire de larabe
et de faire imprimer le texte énigmatique surgi de la poussière
dune ancienne bibliothèque qui lui a inspiré
la série de superbes peintures-céramiques rassemblées
aujourdhui. Chacun de ces beaux livres porte, en frontispice,
un délicat carrelage sorti des fours de maître Lahbabi,
grand restaurateur des palais français de la Renaissance
et souhaitons-le lui enchanteur des plus belles demeures
marocaines. Avec lui, lantique carrelage retrouve ses lettres
de noblesse et redevient création plastique. A part entière.
A. G.

Kamal Lahbabi,
à Paris, 2003 (photo Ch. Gorius)
LAHBABI
lalchimiste
Au plus proche
des métaphores (la soif de la terre, la cruelle parodie de
leau quest le sable ; le labyrinthe ébauché
par lécriture noyée des dunes, la ville qui,
par la réitération dun motif, unifierait la
solitude et la multitude; le voile dune silhouette et la minéralité
des murs ; la couleur, comme une goutte deau cristallisée
par le feu), le céramiste est ramené, au sens littéral,
à même la terre, là où les architectures
seffondrent, se recommencent, rêvées sur des
terres planes. Etre toujours plus près du recommencement.
Il y a de lalchimiste
chez Kamal Lahbabi, un alchimiste qui nen finit pas dêtre
surpris par une couleur attendue et pourtant prévue, amoureux
dun détail, pris et repris tel un oasis fastueux et
illusoire comme si les transmutations se devraient dêtre
toujours en cours. Souvent une scène familière : un
homme attablé, clos dans une solitude tranquille. Il nous
arrive de loin, lémail fermant les porosités
de volcan éteint qui semblent encore nous le
confisquer.
Il apparaît,
nen finit pas de nous apparaître, incendie qui se déclare
sans se produire, brèves transmutations toujours au bord
de sa révélation.
Lattente
se fait durée. Temps de lattente de cette solitude,
ou de ce visage féminin que le regard, le parcourant, a lillusion
de recréer, mais que la pellicule de la couleur, comme du
temps durci, nous met en demeure de toucher. Quun corps nu
séploie, enracinant une de ses mains à la liane
dune rivière, son espace est la nostalgie qui nous
habite ; nous en caressons les parois lisses.
Et de lespace
où nous nous mouvons, Kamal Lahbabi, sur la surface plane,
nous livre les reflets de lumière, presque capturée,
où miroitent les années nécessaires à
nous parvenir, dans lexil dévoilé, à
distance, de la lumière qui nous entoure. Il mest arrivé
de voir un homme, sculpté, oui : à trois dimensions,
oui : sauvé des métaphores de la terre
assoiffée : chapeau sur la tête, tête inclinée,
jambes lourdes ; il était là, surpris, échappé,
à la dérive, comme en état de lévitation,
comme sil était le siège dun vent permanent
interne, à découvert, avide despace et veuf
de la terre.
Jean Signoret
L'expo de 2005 aux
Atlassides, à Marrakech
(direction artistique : Alain et Christine
Gorius)





Aux Atlassides... mars 2005







Kamal, aux Atlassides

Galerie Les Atlassides, mars 2005, vue partielle
Dans les années qui ont suivi, Kamal Lahbabi a eu la chance de ne pas exposer à la galerie Rê, à Marrakech. Il a, en revanche, exposé plusieurs fois en france, et a revêtu les murs du palace Saâdi, à Marrakech, de magnifiques céramiques évoquant, dans le goùt persan, les plaisirs et les jours, les cinq sens et les jeux de la vie et de la société...

Exposition à Stosswihr (Alsace, 2007). De la céramique comme l'un des éléments constitutifs du Land Art...

A droite de l'image, l'uen des multiples céramiques monumentales de Lahbabi décorant le Palace Saâdi, Marrakech (détail)
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