Nos expos à Marrakech, septembre 2005 - juin 2006
Azouzi, qui vit et travaille
depuis trente ans à l'étranger, n'avait à ce jour
montré que deux fois son travail au Maroc - à la galerie
Al Manar, Casablanca, en 1997 et 2000. Jusqu'à cette date, aucune
grande collection nationale ne possédait de ses travaux. Pour
un peintre de la veine de Cherkaoui, qui figure au musée d'Art
moderne de la Ville de Paris et à la Bibliothèque nationale
de France, la situation était paradoxale. Seules pouvaient l'expliquer
les contingences d'une carrière : Azouzi a longtemps travaillé
sous contrat d'exclusivité pour une galerie d'art parisienne.
Et celle-ci s'intéressait davantage à l'Hexagone, au Japon
et aux Etats-Unis qu'au Maghreb… D'où l'absence de la scène
artistique marocaine de l'un de ses meilleurs plasticiens. Alain GORIUS
AZOUZI, PEINTRE ET HUMANISTE
Azouzi est un visionnaire, l'ordonnancement des élémentarités qu'il étudie au fil de ses pinceaux et de couleurs chatoyantes implique une philosophie qui inscrit le sens dans la sobriété des formes ambiantes.
(…) Ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est qu'Azouzi mêle à l'ancien temps une historicité. Tout un univers s'érige en chants multiples et le chatoiement des couleurs ne le cède en rien à la fermeté de la maîtrise. Il est difficile pour quiconque ignore l'histoire du Sud d'entrer d'emblée dans ces arcanes que d'aucuns prendraient pour de l'exotisme. Voilà donc ce que j'appelle une vraie peinture. Non seulement elle me donne à voir mais encore elle me rappelle un vécu plein de rêves multiformes et cette grande douceur de nos enfances à jamais disparues. La beauté infinitésimale des créations de l'esprit opère ici une refonte totale du caractère qui met en scène les signes annonciateurs du texte. Oui, il est question ici d'un véritable texte. Au demeurant, c'est la poésie qui sourd de ces tréfonds immémoriaux, de cette remontée vers l'air libre.
Il faudrait aussi dire que tous les signes peints sont une chorégraphie exemplaire. Chargés de rythmes, ils progressent et se rejoignent avec clarté. Un véritable ballet se met aussitôt en action. Fugaces et belles, les séquences donnent lieu à une représentation magique, à une visualisation de tous les instants. L'imaginaire s'espace en instances fortes du trait original qui les anime. Je gage qu'Azouzi sera bientôt reconnu au Maroc comme l'un de ses enfants les plus dynamiques. Car ses créations disent le souvenir de la terre natale. Mohammed KHAÏR-EDDINE
Le talent de Kantour s'exerce aussi bien dans le domaine de la peinture que dans celui de la gravure. En fait, chez cet artiste les différents moyens d'expression s'interpénètrent ; le graphisme se superpose à la gravure, elle-même encollée sur la toile où parfois déjà sont intégrés d'autres fragments... Du papier à la toile une même démarche, qui évolue en profondeur, sans remises en question fracassantes - mais constamment. Kantour explore méthodiquement le filon que sa sensibilité a ouvert. Délicatesse des teintes ; finesse de l'exécution - et, aujourd'hui, des couleurs fortes, qui s'imposent au regard et se démarquent nettement de l'ancien travail de Kantour. Le geste de l'artiste parfois zèbre la feuille ou la toile d'une écriture sans mémoire. Avec lui, "nous sommes en un ailleurs, hors de la peinture attendue, celle qui colle et obéit au pinceau. Nous sommes dans l'oeil blanc, épuré de la peinture." Alain GORIUS
Lorsque les pas de Tibari le ramènent définitivement vers sa terre marocaine, il sinstalle dans la plaine côtière de Casablanca, non loin de locéan. Là, en plein air, dans la solitude et le dénuement, il poursuit son cheminement, travaillant sans relâche le papier, créant tout à partir de rien. De la pâte à papier encore humide jaillit une écriture poétique très belle et très pure. Annick HENROTIN,
"Maîtrise dun art, savoir-faire précis et patient, spontanéité créatrice, éclosion de ces grandes et belles compositions qui maintenant assurent au travail de Tibari une ampleur, une résonance au-delà de toute limite. Cest le papier, produit de ses mains, le papier à lui seul qui, par le jeu subtil de ses métamorphoses, ordonne la composition : il est couleur, forme, mouvement, graphisme, et couleur ; il est soie, dépaysement vers des cieux inconnus, ailes noires dun papillon nocturne en cette composition ; il est présence, grains de peau, grains de viefrémissante sous les doigts. Une chose belle est joie pour léternité, a dit le poète anglais. Tibari Kantour, peintre et poète matière, souffle de vie, étincelle créatrice parmi les pierres sèches." Edmond Amran EL MALEH
Mohammed Lagzouli est né en 1937 à 1937 à Salé. Successivement jardinier, coiffeur, cafetier, il est actuellement brocanteur. Il découvre la peinture et commence à peindre en 1959. Plusieurs de ses oeuvres figurent au musée de l'Art brut de Lausanne. Artiste, Lagzouli sattache à montrer le vrai visage des choses. Aucune place, dans son uvre, pour le caprice et la gratuité. Ce quil peint est révélation, quil doit aux autres autant quà lui-même. Son travail a certes valeur documentaire (il est clair que dans quelques dizaines dannées, quand aura fini de disparaître le Maroc du vingtième siècle, qui par bien des aspects est encore celui du dix-neuvième, on sarrachera ces dessins témoignant pour les temps à venir de ce quaura été la saveur dexister en ce pays et en cette époque de mutations bien tangibles et davancées lentes). Mais ce nen est pas le seul attrait : voyez comment lartiste évoque, de façon jubilatoire, les us et les coutumes, les fêtes et les cafés de Salé. Il apporte à la peinture la fraîcheur dun regard qui puise toutes ses forces dans le désir et lurgence de dire le monde tel quil est. Lagzouli noccupe pas encore, dans le panorama de la peinture marocaine, la place qui devrait être la sienne : lune des toutes premières. Son travail, quil faut situer dans le contexte de la création plastique contemporaine au Maroc, témoigne, dans sa différence, de la diversité et de la force dune peinture qui se trouve aujourdhui largement à lavant-garde du monde arabe. Alain GORIUS
Lagzouli vu par Jacqueline Brodskis Un visage doux, calme ; beaucoup de discrétion, d'intériorité; une peinture fantasmagorique, grouillante de personnages et d'animaux, à mi-chemin de l'imaginaire et du réel... C'est ainsi que le personnage de Lagzouli se pose, dans cette apparente contradiction. Un parcours déjà reconnu : des oeuvres au Musée d'Art brut de Lausanne, de nombreuses expositions individuelles et collectives au Maroc et à l'étranger. Une personnalité originale, hors de tout courant, de toute influence. Une vie familiale paisible ; un travail de peintre régulier... Ainsi m'apparaît Lagzouli. Jacqueline BRODSKIS
Eléments d'un parcours Lagzouli doit son premier contact avec la peinture à Jacqueline Brodskis : en compagnie d'amis, slaouis comme lui, Miloud et Hassan el Farouj, il rejoint en 1957 1'atelier " Jeunesse et sport " qu'elle anime à Rabat. Agé de vingt ans, la peinture lui "apporte la révélation d'une autre réalité, d'un autre monde". Jacqueline, qui l'encourage activement et lui organise des expositions, n'intervient pas dans l'univers singulier de Lagzouli dont elle souhaite préserver la liberté et l'originalité. Très tôt orphelin, Lagzouli a travaillé jeune : jardinier, coiffeur puis cafetier, ce dernier métier lui laissant peu de loisirs. Des périodes, parfois longues, où il n'avait plus le temps de peindre, il garde le souvenir de moments de désespoir et de découragements profonds. Inquiet, il n'était jamais sûr de pouvoir retrouver le chemin de la peinture. Le temps et la force de peindre lui revenant, c'est de la vie elle-même, active, grouillante et ardente, dont il nous parle dans son oeuvre, remarquablement fidèle à son style, à sa technique, à ses amis, à lui-même. Son art, spontané dans un premier temps, a maintenant acquis une grande maîtrise et ses scènes de la vie quotidienne, toutes de poésie et de malice, témoignent d'un art consommé de la composition et d'une palette subtile, en constante évolution. N'était la fraîcheur radieuse du regard qui en émane toujours, ses toiles actuelles n'ont sans doute plus rien de "naïf". Souriant et laconique, Lagzouli déclare aujourd'hui : "ma peinture est devenue plus calme". Marie-Christine JOLY
Sur le front de la peinture Quarante années passées à son chevalet, les pinceaux à la main, n'ont pas entamé la détermination de Lagzouli. De l'enthousiasme des années d'apprentissage dont Jacqueline Brodskis et ses ateliers furent les témoins actifs et complices (au moment de l'indépendance retrouvée), jusqu'à l'affirmation d'une maturité picturale, Lagzouli a construit son oeuvre patiemment. Père d'une nombreuse famille, tour à tour brocanteur, coiffeur, cafetier et peintre de surcroît, acteur à part entière de la médina de Salé, quel autre médiateur aurait pu nous rendre ces visions sublimées en évitant tout exotisme racoleur, tout onirisme complaisant et sans plus d'ironie qu'il n'en faut. A l'école de cette vie qui pour lui fut sans pitié, il a trouvé les protagonistes et leurs gestes, les visages et leurs expressions, les couleurs et leurs harmonies, pour dire avec tendresse le labeur, les occupations quotidiennes, les rituels de la vie sociale. Jean LANCLON
Lagzouli, la mémoire J'ai connu la peinture de Lagzouli il y a une dizaine d'années, alors que je menais une étude sur la littérature orale. Ce fut pour moi l'occasion inattendue de vérifier combien les produits de l'imaginaire pouvaient se donner les mêmes buts, tout en empruntant des voies différentes. Je me suis assuré aussi à quel point les contes et les proverbes demeurent dans la mémoire d'artistes doués du sens de la narration et des transformations.
Hoceïne EL KASRI
(La qualité des reproductions que vous venez de voir n'est guère satisfaisante : les teintes, plombées, ne correspondent que très imparfaitement aux peintures de Lagzouli, fraîches et vivantes. Nous les améliorerons prochainement.)
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Rita Alaoui, une peinture impertinente et malicieuse
Alain Gorius
Rita Alaoui conte fleurette
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