Les " meta-scapes
" sont au paysage ce que la métaphysique est à la
'physique', ou nature : le condensé essentiel de l'expérience
sensible. Du petit au grand format, l'artiste excelle dans toutes les
dimensions - tout en innovant dans la forme même de l'œuvre
présentée, qui parfois se fait oblongue. Toutes ces toiles
irradient, lyriques, aux cimaises : couleurs assourdies, chaudes, où
dominent les transparences de violet, de gris, de vert, en apesanteur
semble-t-il, tant les formes investissent naturellement l'espace de
la toile.
Bouhchichi évolue
avec aisance dans un monde bien à lui : il y a dans sa démarche
artistique de la cohérence, et un univers intérieur qui
parvient sans heurts à se renouveler - tout en restant fidèle
à ses fondamentaux. On appréciera notamment ces toiles
rêveuses, nuageuses en symphonies d'ocres légers et de
blancs cassés, poétiques et raffinées.

Meta-scapes,
140 x 140 cm
Cette nouvelle
exposition, dans le droit fil de la précédente mais témoignant
d'une recherche plastique en pleine évolution, parvient sans
une redite aux mêmes sommets expressifs. Voici une peinture, abstraite,
qui enfin de nouveau parle, disions-nous - aujourd'hui elle chante,
dans son emportement et sa maîtrise. Avec Bouhchichi se sont décidément
ouverts de nouveaux horizons.
Alain GORIUS
Meta-scape,
150 x 150 cm

Meta-scape,
150 x 150 cm

Meta-scape, 150 x 150 cm

Meta-scapes, 140 x 140 cm

Meta-scape, 150 x 150 cm

Meta-scape, 150 x 150 cm

Meta-scape, 200 x 90 cm

Meta-scape,
200 x 90 cm
Meta-scape, 200 x 90 cm
Meta-scape,
200 x180 cm
Avec Bouhchichi la peinture,
la vraie, pas celle qui se barbouille au fond des arrière-cours
en misant sur le snobisme (et l'ignorance) des uns, et le goût
pour le folklore des autres, est revenue en force. Depuis le départ
de Kacimi, on attendait son retour. Elle est là, bien vivante
sous nos yeux qui s'émerveillent.
Et, quelques jours
après le vernissage des Meta-scapes,
soirée littéraire :
| Rencontre avec Henri-Michel
Boccara et lecture de son dernier roman : Migrations, le rapport
Alpha (éditions Le lien, Mohammedia) |
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L'assistance, sous le charme... |
Marie de la Villesbrunne
( à gauche).... |
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Tibari KANTOUR
Transcendances

Kantour sur 2M (vernissage)
mai 2008 |

Sans
titre, triptyque, technique mixte
sur toile, 2008
On ne compte plus
les expositions de Tibari Kantour, bien installé aujourd'hui
dans une démarche, et une technique, mixte s'il en est, qui ne
sont qu'à lui. Pourtant, chaque exposition de cet artiste est
une révélation. Comment expliquer l'émerveillement,
la jubilation qui à chaque rencontre avec ce travail nous saisissent?
Il y a, d'abord, l'évidence d'un talent en pleine possession
de ses moyens ; qui n'a plus rien à prouver et s'impose, souverain.
D'emblée, la singularité de cette œuvre accroche
le regard. Finesse du trait, élégance de la composition,
et cette impalpable poésie, cette spiritualité fine et
légère, sans discours ni trompettes : le talent de Kantour
fait s'interpénétrer les différents moyens d'expression
auxquels il a recours ; le graphisme se superpose à la gravure,
elle-même encollée sur la toile où déjà
sont intégrés parfois d'autres menus éléments
de l'expérience du peintre... L'ensemble, immédiatement
reconnaissable comme étant bien du Tibari Kantour, témoigne
d'une invention renouvelée. Kantour ne se répète
pas : il improvise, à l'infini, des variations sur quelques thèmes
récurrents - en variant sans cesse la colorature de son chant
plastique.

Sans titre,
technique mixte sur toile, 2008, 60 x 60 cm
Mais aujourd'hui
ses compositions déploient une force nouvelle ; une teinte orangée
plus présente force l'attention, impose l'œuvre qui pouvait
naguère, toute en nuances et en dégradés, se faire
trop discrète. Kantour ose, depuis plusieurs années, les
grands formats ; on admirera notamment, dans cette nouvelle exposition
à la galerie Rê de Marrakech, le triptyque qui irradie
aux cimaises - parmi une dizaine de grandes toiles, et plusieurs autres
de moindres dimensions, également décisives. Tibari explore
méthodiquement le filon que sa sensibilité a ouvert. Délicatesse
des teintes ; finesse de l'exécution, force de l'orangé.
Et le geste de l'artiste, qui parfois zèbre la feuille ou la
toile d'une écriture sans mémoire. Nous sommes, avec Tibari
Kantour, au coeur de la création plastique, en ce lieu où
quelques artistes, très peu nombreux, travaillent : dans la concentration
de l'esprit, la rigueur de l'expérience et le refus des mondanités
, ils dialoguent avec l'infini.
Alain GORIUS

Sans
titre, technique mixte sur
toile, 2008, 60 x 65 cm

Début du vernissage. Le traditionnel
entretien avec 2M.

Mme Lebbar, Françoise
Atlan, Christine Gorius

Monsieur et Madame
Dadi-Andaloussi ; Marc Greilsamer

Lord Hutchinson, grand portraitiste
devant l'Eternel, aime aussi les livres...

Sans titre, technique mixte sur toile, 60 x 60 cm
Le poème
d'Etel Adnan, Transcendance, accompagné
par Tibari Kantour, a donné son titre à cette exposition.
Vous pouvez voir ce livre en cliquant ici.
Quelques jours après
le vernissage,
rencontre à la galerie avec Mohammed Bennis :
lecture du Livre de l'amour (éd. Al Manar),
dont le peintre irakien Dhia Azzaoui
a rehaussé le tirage de tête
d'un superbe frontispice...

Emmanuelle Sarrazin (on aperçoit
sa main...), M. Bennis, A. Gorius lisent Le livre de l'amour
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Mohammed Bennis, après
la lecture...
rejoint son public |

qui est venu
nombreux l'écouter. Au fond à gauche, l'homme à
la moustache : Dhia Azzawi.
Et quelques jours
plus tard, le mercredi 30 mai, ce fut au tour de Jocelyne et Abdellatif
Laâbi de nous rejoindre, pour une soirée riche d'émotion.

Photo J-M. Namèche
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Ce fut d'abord à Jocelyne
Laâbi de dire quelques-uns des contes qu'elle a rassemblés
dans Avec la rivière mon conte s'en est allé...
Avant de céder la
parole à Abdellatif Laâbi, qui fit vibrer l'assistance
en lui lisant de nombreux poèmes extraits des différents
recueils qu'il a publiés chez Al Manar...
Photo J-M.
Namèche
Photo J-M. Namèche
Photos J-M. Namèche
L'assistance était
vraiment sous le charme... Ce fut, de nouveau, l'une de ces soirées
pendant lesquelles la parole poétique
s'épanouit au contact de la peinture...
Sibylle
BALTZER
Dust

juillet 2008
|
Ombres
sur le mur
Si je décidais de choisir quatre tableaux de Sibylle Baltzer
et de les disposer en forme de carré autour de moi, je rebâtirais
ma demeure, cette maison où j’ai passé mon enfance,
avec plus de trous au toit que le toit lui-même ; la pluie tombait
dru et j’observais les peintures sur les murs, les yeux inondés
de gouttes de ciel. Je veux dire par là qu’à observer
l’oeuvre de cette artiste, il s’en détache des récits
de vie, des flots nostalgiques de passé. La peinture de Baltzer
raconte une bribe d’événement, cela peut être
une dispute dans un couple, les joies d’une enfant solitaire,
les coup de pied d’un gosse rageur qui tape le ballon contre le
béton, ou bien un homme absorbé par la lecture d’une
histoire, ou cet autre qui a plongé dans la boisson pour oublier
celle qu’il a vécue. Toutes ces histoires et de nombreuses
autres, nous pouvons les imaginer à travers ce que nous proposent
les gris brouillés, les jaunes criards, le dramatisme de carreaux
de faïence brisés, la fragilité discordante des formes.

Les
formes construisent au-delà des frontières du cadre, et
détruisent soudain à dessein l’équilibre,
comme la cabriole inattendue d’un gosse des rues qui plonge ses
mains dans la flaque, le soleil flottant entre ses jambes écartelées.
Les contours mêlés aux griffures de la toile constituent
des poèmes en mouvement, sans paroles, murmures que l’air
projette sur le tokonoma, trou japonais, creux d’éternité,
tunnel pour les âmes. Dans la peinture de Baltzer le spectateur
palpite dans la couleur, respire en léthargie, délivre
son regard fureteur, et l’artiste soutient là la secrète
perforation du toucher. Le blanc quadrillé, comme des fenêtres
filmées par un objectif à flou, rappelle ces vieux films
en noir et blanc, l’intense réverbération de la
lumière tapie sous des lampadaires peuplés de chats. Le
peintre a répertorié les teintes du cinéma, la
couleur de l’image rayée sur vieille pellicule, et tire
de ce geste l’ardeur d’un tremblement sur écran.
Chaque tableau résulte d’un cadre cinématographique,
agrandi à la dimension que seule la pupille peut dénaturer,
en des centaines de millions de superpositions, surmillimétré
dans son aspiration à l’existence naturelle. Les murs filmés
revisités, la référence est alors plus profonde,
l’analyse bien plus cryptique. L’artiste reflète
l’observation une façade à travers un film, la description
d’une quelconque réalité à travers un poème
créé dans la tête du spectateur ; cette bribe éparse
de béton finit naturellement par être abandonnée
par les personnes qui l’ont habitée. Ce sont des surfaces
innervées et nerveuses, comme des membranes de mémoire
recouvrant d’épaisses couches le sentiment urbain des textures.
Survient alors la logique des ombres, qui s’entrecroisent et bordent
la scène en silence, serrées et lentes, heurtant brèves
ou légères nos corps, saisis désormais par l’illusion
poétique de la projection Baltzer.
Zoe
Valdès, 2008(traduit par Albert Bensoussan)

Sans titre, 2008, 175 x 185 cm. Photo
Alan Keohane.
Vernissage "Dust" |
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Vernissage "Dust"
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LE
PARCOURS DE L’ARTISTE
Formation
2000 – 2002 Slade School of Fine Art, Londres. Master.
1996 – 1998 Chelsea School of Art, Londres. BA (hons).
1996 - 1996 Ecole Nationale Supérieure des Beaux- Arts,
Paris.
1991 – 1992 Kent Institute of Art and Design, Canterbury.
BA (hons). |
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Sans titre,
2008, 160 x 140 cm. Photo Alan Keohane.
Expositions personnelles
2007 Delfina Studios, Londres, Fullcircle Art Consultancy.
2004 Centro de Arte Moderno. Madrid, Espagne.
1994 Galerie Parvi, Paris.
Expositions collectives récentes
2007 AIM (Arts in Marrakech) festival, galerie Rê
2007 ‘Nord Sud’, galerie Rê, Marrakech
2005 Hackney Forge. ‘Multum in Parvo’, Londres.
2005 The Phillimores. With Full Circle Art Consultancy, Londres.
2004 “Artskool Paris-London Book Project.” Travelling exhibition.
Ecole Nationale Supérieure des Beaux-arts, Paris. St Martins,
Londres.
2004 Salon Européen des Jeunes Créateurs, Montrouge, France.
Exposition itinérante,
Espagne, Portugal et GB
2003 “Nth Art, exhibit 001”. Ols and Co gallery, Londres.
2003 “Le Domaine Perdu”, Périgord, France.

Sans titre,
2008, 185 x 175 cm. Photo Alan Keohane.
.
Prix
2002 – 2003 Adrian Carruthers Studio Award. ACME studios, Deptford,
Londres.
Publications
Revue “Temporel”, ‘Sibylle Baltzer par elle-même’.
Catalogue pour l’exposition personnelle au Centro de Arte Moderno,
Espagne,
essai de David Ryan, 2004.
“Youl” magazine, France, January 2004.
“100 reviews”, Matthew Collings. Revue de l’exposition
“Hang the Curator” 2001
“The World As It Is”, John Taylor. Illustration de couverture.
Cedar Hill Publications.1999
| |
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Le désert
n'a pas de dimension, comme la mer, il peut s'étendre
à l'infini ou se rétrécir jusqu'à
avoir les dimensions d'un tableau, mais il n'y a pas un désert
digne de ce nom ni une mer véritable sans son île
ou mieux encore sans son radeau de sauvetage.
Désert rétréci jusqu'à devenir une
ville ou ce qui en reste : un signe de la vie et du temps qui
la déchire.
Mer rétrécie à la signification humaine
de quelques morceaux de bois censés flotter.
Île volcanique gardienne de la vie sous la lave.
Voici les métaphores que la peinture de Sibylle évoque
en moi, peut être parce que j'aime le désert, les
îles et les radeaux de sauvetage en pleine mer sous le
soleil et les Alizés ou tout simplement la beauté
en danger.
.
Luis Mizon
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Vers une ouverture
perpétuelle
Sibylle Baltzer ne déroge ni ne manque à l'abstraction
pure, c'est-à-dire à un projet compositionnel qui
suspend toute espèce d'achèvement pictural; elle
œuvre sans ornements ni repeints, musicalement, dans la justesse
criante de l'harmonie. Sous l'éclairage d'un Piero della
Francesca ou d'un Cézanne et dans la proximité savante
de Malevitch, l'abstraction non illustrative ouvre des voies austères
et violentes, sans concession pour le désir commun d'identification:
il s'agit pour l'artiste de montrer des forces primitives avec
toute la science de l'intuition, de centrer le regard sur l'évidence
décalée de fragments de réalité, dans
leur insignifiance lacunaire. En même temps qu'il s'incarne
et s'isole dans l'acte plastique singulier, le geste ainsi peut
s'abstraire sur le support même. Sibylle Baltzer use de
matériaux trouvés et d'amples surfaces qu'elle construit
ou peint à partir du vide symbolique, sur une tension dramatique
résolue par des moyens minimaux sans être minimalistes:
l'opposition d'une sombre vague monochrome envahissante et d'une
périphérie en fond clair par exemple (et inversement),
la force concentrée du noir face aux exaltations rouges,
ocre ou bleues. Évoquant une rétrospective mémorable
de Fautrier, Sibylle s'explique lumineusement: "Je cherche
un langage qui soit pétri d'une matière. Il se trouve
que c'est une matière urbaine dont je tente d'extraire
une certaine archéologie de signes et d'aplats. Par ce
biais, j'ai atteint cette abstraction. C'est en travaillant que
les structures s'imposent. Cependant, rien n'est jamais arrêté,
je cherche à préserver une forme d'ouverture perpétuelle."
Ainsi use-t-elle volontiers de collages bruts, sortes d'implants
du réel, cherchant l'antagonisme, l'effet d'impact, le
contraste des strates. Avec inquiétude, elle investit sans
retour pléonastique le grand silence du visible afin d'en
saisir l'empreinte inexpliquée, l'énigme à
jamais suspendue, vers quelque délivrance sans visage ni
désignation, de l'ordre de l'intelligence, de l'intellect
poussé au plus juste de l'aphasique et combien éloquente
représentation, cette réalité offerte comme
un écorché dont la peau serait nos mains et nos
yeux. Au regard de ce travail, on se souvient d'un jugement de
Malevitch: " Le plus précieux dans la création
artistique, c'est la couleur et la texture; celles-ci constituant
l'origine picturale et plastique que le sujet n'a de cesse de
nier. Sibylle Baltzer traduit, ou plutôt initie ses intuitions
"par pratique et jugement de l'œil" comme l'enseignait
Vinci. En tournant le dos au miroir "où s'imitent
les choses les plus opposées, sans cognition de leur essence",
elle investit avec rigueur les territoires violents de l'immédiateté,
vers une forme d'ouverture perpétuelle.
Hubert Haddad
|
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