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Parole
nomade, de Mohammed Kacimi
Le peintre,
à travers ses écrits, traduit ses interrogations face aux champs
d’expression.
Temara, Dakar, Genève, Le Caire,
autant de villes et de mythes qui ont émaillé le parcours dans
la peinture de l’artiste Kacimi. Parole nomade est un texte,
un écho plus ou moins audible de la démarche du peintre et de
son évolution. Il met à jour les problèmes d’identité inhérents
au peintre, et ses corollaires face à la modernité. Les questions
posées méritent à plus d’un égard que l’on s’y attarde. Quel lien
y a-t-il entre l’art et la société, la politique et l’universalité
? Quelle place l’art peut-il entretenir comme exutoire des problèmes
particuliers à cette phase de changement ? Est-il une partie ou
un embryon indépendant, délimité spatialement, autonome et indépendant?
Quelle place peut ou doit prendre l’artiste à notre époque ?
Poèmes, lettres ouvertes, textes analytiques
côtoient, dans ce magma intellectuel, interventions orales dans
des théâtres ou des festivals. Kacimi écrit pour expliquer, mais
aussi pour comprendre le geste peint, son environnement culturel
et ses manifestations subjectives. "Mon rapport à la tradition
plastique est un rapport analytique, parfois polémique. Un rapport
qui doit mener nécessairement vers une synthèse. Ma démarche passe
par un recensement d’événements et une somme de réflexions sur
le geste de peindre, sur la trajectoire du corps peignant", souligne-t-il,
répondant à un écrit du critique A. Flamand dans son livre Regard
sur la peinture marocaine. Comprendre, donner du sens, une
portée intellectuelle à un acte au demeurant simple. Partager
avec les autres le savoir, les angoisses, les souvenirs et les
signes du destin qui alimentent sa créativité. "A l’âge de huit
ans. j’étais chez mon père, à Boufekrane ; il était marié à une
seconde femme et j’ai été tellement maltraité que j’ai fait vingt
kilomètres pieds nus pour rejoindre ma mère à Meknès", écrit-il.
Depuis cet épisode marquant de sa vie, le pied en tant que signe
a fait partie intégrante de l’oeuvre de Kacimi. Parole nomade,
sous-titré "l’expérience d’un peintre", est un ouvrage édité par
les éditions Al Manar dans la collection "Approches et rencontres".
Y.A., Le Journal,
27-11-1999
arts
plastiques
De la terre
et de la nuit
Itinérance de
Mohammed KACIMI
Dans la couleur
de la terre et de la nuit, Mohammed Kacimi, le Marocain, est peintre,
poète et nomade. Son geste vibre et interpelle la mémoire peinte
du corps.
Depuis trente ans, Mohammed
Kacimi fait parler le vide, le nu, le sable, la couleur. A peine
voilées par une brume pâle, d'évanescentes silhouettes donnent
l'impression de vouloir s'échapper du cadre de la toile. De la
matière alors sourd la poésie, là où sont enfouies les sources
vives. Parler d'abstraction ou de figuration n'a guère plus de
sens qu'évoquer l'identité, I'universalité, la modernité. Bien
sûr que l'art s'en préoccupe. Et l'artiste, né il y a 57 ans à
Meknès, est bien plus que le témoin du passé et du modernisme
qui s'affrontent dans son pays.
art sud méditerranée
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arts plastiques
Le créateur est
actif, multipliant au fil des ans, en Afrique et en Europe, les
expériences et les interventions qui débordent le cadre strict
de la peinture. Il a déployé ses oriflammes à Limoges, transformé
le centre culturel français de Rabat en "grotte des temps futurs",
animé des ateliers pour enfants et malades psychiatriques, participé
au 50è anniversaire de la Déclaration universelle des droits de
l'homme. Révélé en France par l'Institut du monde arabe en 1988,
Kacimi est devenu l'un de ceux avec lesquels il faut compter.
L'art demeure pour lui un combat à mener et l'engagement, une
nécessité. "La situation au Maroc reste difficile. Il n'y a pas
de réelle politique culturelle, de lieux institutionnels, de galeries
audacieuses, de collectionneurs aventuriers. Dans ces conditions,
la diffusion de l'art est forcément réduite. Nous ne savons pas
davantage préserver notre mémoire. Les collections des musées
d'art traditionnel que nous avons héritées du Protectorat sont
négligées et mal conservées." Entre ses voyages et ses expositions
à l'étranger, il rêve de sa fondation-atelier qui accueillerait
expositions, soirées poétiques et bibliothèque.
De ses études éclatées à Paris, à Rome,
en Allemagne, Kacimi a gardé le goût des voyages. L'Italie, très
jeune, l'a fasciné, lui révélant les peintres primitifs "byzantins
et étonnamment dépouillés", l'Espagne aussi et "ses arts tragiques,
à la croisée de l'art arabo-andalou et de la mystique chrétienne".
Du Moyen-Orient jusqu'en Grèce ou au Sénégal, les voyages nourrissent
sans cesse ses réflexions, investissent sa peinture. Sur toutes
les rives et dans l'âme, Kacimi est un nomade. Il écrit en 1986
: "Je suis un homme de voyages, avec un corps imprégné de signes
qui ont trait au traditionnel même, à l'antique, à l'archaïque,
au mythique." Sur ses grandes surfaces peintes, chargées de rythmes,
de vibrations colorées, émergent des corps fluides, mobiles. Les
dernières expositions leur donnent une fonction narrative, conteurs
errants des temps modernes venus des mille et une nuits, messagers
de la liberté, caravaniers du désert. Peut-être sont-ils des symboles,
des fantasmes ? Kacimi dit qu'ils s'imposent à lui comme des "figures"
: "Elles sont en dehors du temps et de l'espace. Elles portent
la trace de l'intelligence, de la pensée de l'homme, de son ambivalence
aussi, qui tantôt attire, tantôt repousse."
Parfois des mots et des phrases se
mêlent aux pigments. Le peintre est aussi poète, "attaché à l'écriture,
au signe écrit, sans virer à l'exercice calligraphique". Car la
poésie est la forme la plus proche de la peinture, même si elle
ne réussit pas à habiter pleinement l'artiste. La peinture fonctionnant
au-delà des mots et brouillant les sens. Sur ses toiles et ses
dessins, Kacimi mêle ses pigments naturels, ses poudres denses,
ses pierres écrasées, son sable du Sahara, ses terres ocre de
l'Atlas. I1 emprunte aux artisans de son pays leurs matières et
leurs techniques. De reliefs accidentés en traces irrégulières,
la matière prend corps. Terre, lune, sable, océan ne font qu'un,
la lumière et sa transparence semblent en apesanteur. A côté des
ocres, du noir, le bleu, à la fois solaire et nocturne, captive
le regard. "C'est la couleur des ombres et des lumières. Le bleu
est le corps du mystère, c'est l'énergie du rêve." La palette
de Kacimi n'a pas la chaleur convenue d'un artiste méditerranéen.
"Je crois que chacun a un Sud particulièrement sien, son imagination
personnelle de ce Sud-là, de ses espaces immenses, de ses étendues,
du sable, de la lumière et du ciel1." Parlant du désert qu'il
aime parcourir, Kacimi le voit comme le lieu même du dépouillement,
ce dépouillement même auquel sa peinture aspire.
Nadine Guérin
1. Parole
nomade, I'expérience d'un peintre, éditions Al Manar, 1999.
60 - art sud méditerranée
Kacimi, Christine et Alain Gorius
au Salon du Livre de Bordeaux, 1999
Parole
nomade de Mohamed Kacimi
Kacimi est de ces hommes qui, " par générosité, donnent à voir,
à déchiffrer, le meilleur d'eux-mêmes ". Juxtaposé au peintre,
en parfaite concomittence avec lui, il y a l'homme des mots, celui
qui se fait le miroir de nos maux, de nos préoccupations et de
nos quêtes essentielles. Son aventure avec le mot ne date pas
d'hier. Elle remonte aux frémissements de l'expression chez lui.
On a dit à ce propos que mot et signe sont chez Kacimi indissociables.
Parole nomade se lit donc comme on lit une toile, comme on déchiffre
un texte cabalistique, en signes et chiffres sortis du même giron
alchimique. Un livre qui rassemble vingt ans de réflexion sur
le monde, sur l'art, sur les hommes, la parole, le voyage odysséen,
celui de la perdition, de l'aventure, de la mort à soi pour naître
au monde, autre, épuré, avec un regard intemporel, juste et dénué
des sédiments éculés de toute une culture grégarisante.
Kacimi ne s'étend jamais dans les détails. Il va à l'essentiel.
Dans une parole concise, lacérante, il fustige un siècle dénaturé.
Tout y passe: l'art mercantile, les faux slogans, la politique,
I'engagemnt factice et les fausses préoccupations. Kacimi n'est
pas complaisant. I1 est de ceux pour qui la vérité, quelles que
soient ses manifestations, ne supporte aucun subterfuge ni aucune
souplesse. Parole Nomade est un texte, un ensemble de fragments
qui rappellent fortement Perse et Char avec des teintes nietzschéennes
humaines, trop humaines.
Abdelhaq NAJIB
Téléplus, nov. 99
Le grand peintre
marocain Mohammed Kacimi analyse son art, ce livre est un recueil
de textes d’analyse qu’il a écrit durant une vingtaine d’années.
Il y circonscrit tout d’abord les enjeux et l’histoire de la peinture
au Maghreb (post colonialisme, rapport à la tradition, calligraphie/peinture)
pour mieux évoquer par petite touches subtiles les questions
qui taraudent sa démarche, dedans/dehors, corps/couleur/oubli,
geste/dessin, lieux absents. Et l’errance du chercheur de vérité
:
"Le déplacement : se déplacer (sous forme de
questions ?), aller d’où, vers où ? Comment échapper
à ce rêve grinçant, essoufflé, obsessionnel,
dictatorial qui rythme, qui donne sa cadence agonisante à
toutes les tentatives lumineuses ou les pensées actives,
libres."
Quête
du geste, relation avec l’espace ouvert, choix des techniques, toutes
ces questions sont travaillées par une pensée qui
avance en cercles excentriques pour élucider "l’intrigue"
de la création artistique et il y parvient en partie. La
voix de ce grand artiste nous ravit par son exigence.
Thael,
Zazieweb, octobre 05 |