L'auteur
Henri-Michel Boccara
vit à Marrakech depuis 1964. Il écrit surtout pour
le théâtre, mais a publié plusieurs récits
et recueils de nouvelles. Par ailleurs, médecin, il exerce
en milieu populaire à quelques mètres de la place
Djemaa el fna.
H-M. Boccara a publié :
AFFAIRES
VOUS CONCERNANT, P.O.L, Paris, 1975
ITINERRANCES,
roman, EDDIF, Casablanca, 1994
PIÈCES
CLAIRES
Les herbes amères, La mémoire morte de Monte Cassino,
Elles n'iront plus au bois,L'Harmattan, Paris,
1995
L'OMBRE
ET AUTRES BALIVERNES, L'Harmattan, Paris,
1995
TRAVERSÉES,
L'Harmattan, Paris, 1996
PIÈCES FAUVES
Les voisins, Qui se souvient de Jonathan ? L'ensevelie, L'Harmattan,
Paris, 1998
LA
CORDE D'ANAMER, nouvelles, Traces du Présent, Marrakech,
1999
LA PLUIE SUR AVEIRO, nouvelles, L'Harmattan,
Paris, 2001
LE PLUMIER, roman, Tarik éd., Casablanca, 2004

Rencontre
à Marrakech, autour de Tunis-Goulette-Marsa. Au
mur, Pignon ; sur l'escalier, Boccara. 4/01/07.
L'illustrateur
Sébastien Pignon est né en 1972
à Paris.
1988-90 : Ecole Nationale Supérieure
des Beaux-Arts de Paris.
EXPOSITIONS et PUBLICATIONS
1991 Réalisation d'une fresque pour Médecins du Monde, au
Calmet Hospital de Phnom Penh (Cambodge) ; exposition collective,
Château de Fontenay, Fontenay-aux-Roses.
1992 Exposition collective, Galerie Aithouares, Paris
6ème ; Assistant décorateur sur le Dom Juan de Molière,
mise en scène Jacques Lassalle, à la Comédie française, Paris.
1995 Exposition personnelle, Galerie Colin-Maillard,
Paris 8ème ; Exposition Sébastien Pignon - Tristan Mory, organisée
par Pamela Duhesmes, Espace Commines, Paris
1997 Exposition collective au Salon de gravure contemporaine
" Le Trait ", Paris 4ème ; exposition collective, Galerie
Aude Oumow, Saint-Germain en Laye.
1998 Exposition personnelle, Galerie Aude Oumow,
Saint-Germain en Laye.
1999-2000 Expositions de gravures
à la Galerie Fortunato, Naples.
2001 Exposition collective, Galerie Nicolas Deman,
Paris 6ème.
2002 Exposition personelle, Galerie Nicolas Deman,
Paris 6ème.
2003 Publication d'un recueil de quatre-vingts
dessins érotiques, intitulé Devant-derrière,
ed. Bleu autour
- Exposition des dessins originaux du livre Devant-derrière,
Galerie Natalie Séroussi, Paris 6ème
- Publication de dessins accompagnant un recueil de
nouvelles, intitulé Les Algériens au café,
sous la direction de Leïla Sebbar. Édition de vingt épreuves
de tête signées et numérotées sur Velin
d'arches, rehaussées de cinq aquarelles originales, ed. Al
Manar.
2004 Publication de dessins accompagnant le "
récit " d'Albert Bensoussan, intitulé Aldjezar.
Edition de vingt épreuves de tête signées et numérotées
sur Velin d'arches, rehaussées de cinq aquarelles originales,
ed. Al Manar.
- Exposition personnelle de peintures, intitulée Compagnie,
Galerie Natalie Séroussi, Paris 6ème.
- F.I.A.C, installation de peintures, intitulée Pisseurs-pendus,
Galerie Natalie Séroussi, Paris 6ème.
2005 Exposition personnelle de peintures, intitulée
Le moment actuel, Galerie Libéral
Bruant, Paris 3ème.
2005-2006 Pensionnaire Villa Médicis, Rome.
2006 (décembre) Exposition personnelle à la galerie
Rê, Marrakech. Publication de dessins accompagnant le "
récit " d'Henri-Michel Boccara, intitulé Tunis-Goulette-Marsa.
Edition de vingt-cinq épreuves de tête signées
et numérotées sur Velin d'arches, rehaussées
de trois aquarelles originales, ed. Al Manar.

L'une des trois aquarelles de S.
Pignon pour Tunis-Goulette-Marsa, ex. 14/25
La critique
“Tunis-Goulette-Marsa,
la litanie des stations s’égraine d’elle-même
comme une comptine d’enfance”… Sur les traces de
Nello, l’oncle très controversé tout juste décédé,
le narrateur vient aussi retrouver son enfance, tâtonnant à
travers la géographie perturbée d’une ville, Tunis,
qui a tant changé. Les souvenirs reviennent, au gré
des rencontres mais surtout des lieux, avec plus ou moins de netteté
et de facilité, toujours incomplets toujours imparfaits, dans
une nostalgie douce-amère qui n’explique pas tout, qui
suggère. Comme lui, le lecteur emprunte le petit train capricieux
de la mémoire, presque angoissant, se met en quête, lui
aussi, de l’insaisissable oncle Nello, jusqu’à
la révélation finale qui dissipe les doutes et apaise.
Tel
Quel, Casablanca, n° 260, 2/02/2007
Henri-Michel
Boccara : l'écrivain humaniste
Merieme Moumine
Amoureux
de Marrakech où il s'est installé depuis 1964, Henri-Michel
Boccara est tout sauf inconnu pour les lecteurs en quête de
texte de qualité. Des pièces de théâtre,
il en a écrit une trentaine comme « Ici et ailleurs »
ou « Qui se souvient de Jonathan ? ». Mais il a pris la
plume aussi pour écrire des nouvelles et des romans. Son dernier-né
est «Tunis-Goulette-Marsa», où il évoque
la figure tutélaire de l'oncle Nello retrouvée, et avec
elle toute une enfance juive en Tunisie, dans la remontée douce-amère
du temps - jusqu'à la lumière. Rencontre avec ce médecin
écrivain.
Marrakechnews.net
- De la médecine à l'écriture, comment le passage
s'est-il fait ?
Henri-Michel Boccara - J'ai toujours fait du théâtre.
Quand je suivais mes études de médecine, je faisais
partie d'un groupe de théâtre à Paris. D'ailleurs,
j'étais parti à Paris pour faire des études de
cinéma à l'Institut des Hautes Etudes de Cinéma.
Quand je suis venu m'installer à Marrakech, j'ai créé
le Groupe des Neuf avec lequel une quarantaine de pièces ont
pu voir le jour. La plupart en collaboration avec l'Institut Français.
Dix d'entre elles ont été montées par France
Culture.
Par la suite, j'ai commencé à écrire des nouvelles
et des romans parmi lesquels je cite «Itinérances »,
« L'ombre et autres balivernes », « La corde d'Annamer
», très élégamment éditée
par Traces du présent, « Le plumier » et deux recueils
de théâtre « Pièces Claires, Pièces
Fauves »
Marrakechnews.net –
« Tunis-Goulette-Marsa » est votre dernier-né.
Pouvez-vous nous faire une présentation générale
de ce roman ?
Henri-Michel Boccara – J'ai eu le plaisir de pouvoir présenter,
la semaine dernière, ce livre dans une galerie marrakchie, avec Christine et Alain Gorius. Deux
merveilleuses comédiennes m'ont accompagné dans cette
aventure : Françoise Atlan et Emmanuelle Sarrazin. Ce livre
est un retour, 50 ans plus tard sur une enfance en Tunisie. Les dix
premières années de ma vie et qui sont en rapport avec
la deuxième guerre mondiale (39-45).
Le prétexte est ce retour sur les lieux de ma naissance est
le fait d'apprendre la mort d'un oncle qui avait été
un rayon de soleil durant mes premières années «
l'oncle Nello » que j'appelais aussi « Palco » ou
oncle plafond parce qu'il était de grande taille.
Ces lieux revisités sont observés de biais comme si
l'on voulait éviter de faire une description trop conventionnelle
et pittoresque de la ville. Ce retour est l'occasion pour le narrateur
de renouer avec des racines avec lesquelles il croyait avoir totalement
rompu.
Marrakechnews.net - Comment
est née l'idée d'intégrer les dessins de l'artiste
peintre Sébastien Pignon dans votre dernier roman ? Et selon
vous, que peut apporter ce type de rencontre à l'œuvre
littéraire d'une manière générale ?
Henri-Michel Boccara - C'est par l'intermédiaire de mon éditeur
que j'ai connu le travail de Sébastien Pignon qui a, entre
autres, illustré de nombreux ouvrages des éditions Al
Manar. Le manuscrit lui a été proposé alors qu'il
était l'hôte de la ville de Médicis et il m'a
fait le plaisir de mettre en image certaines scènes de ce livre.
Christine et Alain Gorius font de très belles publications.
Des livres fabriqués encore avec beaucoup d'amour à
l'ancienne sur de beau papier, avec de belles polices de caractère
en plomb. C'est un plaisir d'avoir ces livres en main d'autant qu'ils
sont vendus à un prix raisonnables parce que les livres des
éditions étrangères atteignent souvent des prix
très élevés ici.
Marrakechnews.net - Vous
êtes à la fois dramaturge, romancier et nouvelliste.
Parlez-nous un peu de l'ensemble de vos œuvres ?
Henri-Michel Boccara - Mes thèmes principaux et récurrents
sont l'exil, le déracinement, la mise en rapport de cultures
différentes et le choc qui peut s'ensuivre.
Mon premier roman par exemple «Itinérances » était
l'histoire d'un jeune européen qui, entre itinérances
et errance, traversait le Maroc, du nord au sud. Mon avant dernier
roman, « Le plumier » est l'itinérance inverse.
Il s'agissait d'un jeune berbère partit du Haut Atlas et qui
tentait de rejoindre le nord, l'Europe et qui se perdait en route.
Dans mes pièces de théâtre également, je
mettais en rapport des personnages d'ici et d'ailleurs. J'ai même
écris une pièce de théâtre réalisée
par France Culture qui porte ce nom là « Ici et d'ailleurs
». Et puis, ne suis-je pas moi-même un émigré
?
Marrakechnews.net - Si
l'on vous demande de faire une critique de vos œuvres, que diriez-vous
?
Henri-Michel Boccara - Ce genre d'approche de la réalité
d'autrui n'est jamais complet et total. D'ailleurs, c'est bien qu'elle
en soit ainsi puisque l'altérité est une chose respectable
et qu'il faut constamment aller à sa rencontre, même
si le chemin ne mène pas à l'absolu.
Marrakechnews.net - Quel
est votre futur projet d'écriture ?
Henri-Michel Boccara - J'ai un livre en cours de lecture qui s'intitule
« Migration : le rapport Alpha ».
Marrakechnews.net - Que
représente pour vous la ville de Marrakech ?
Henri-Michel Boccara - C'est la ville dans laquelle j'ai exercé
mon métier de médecin, c'est-à-dire ma mise en
rapport avec d'autres individus qui me demandent de partager les douleurs
de leur corps. Le corps est extrêmement présent dans
beaucoup de mes écrits. Ce corps qui peut subir tant de déformations
et de souffrances, est le meilleur véhicule pour manifester
la présence de l'esprit, la réalité profonde
des êtres.
Je suis venu à Marrakech en 1964, pour faire un remplacement
d'une semaine et j'ai prolongé cette semaine pendant 43 ans.
C'est donc que je m'y trouvais en bonne convivialité avec ses
habitants.
Marrakechnews.net - Que
pouvez-vous souhaiter à la ville à laquelle vous vous
êtes attaché depuis plus de quarante ans?
Henri-Michel Boccara - Je souhaite qu'il y ait une dizaine de librairies
en plus. Elles sont plus nécessaires que certains projets grandioses
qui apportent peu à la culture au Maroc.
Marrakechnews.net - Et
à vous, que peut-on souhaiter ?
Henri-Michel Boccara - Je souhaite de ne pas lâcher la plume,
même si quelquefois on a l'impression qu'elle est un peu lourde.
Extrait du dernier roman de Henri-Michel Boccara «
Tunis-Goulette-Marsa »
« La bombe
est tombée, mon père s'est couché sur l'enfant
pour le protéger de son grand corps d'adulte. La cave de fortune
sent la chaux et le ciment. Le père est lourd et malcommode
et l'enfant voudrait bien qu'il s'en aille. D'ailleurs si la bombe
tombait vraiment sur nous, ce ne serait pas une bien bonne affaire
que d'avoir tout ce père mort sur soi. Les choses se sont déroulées
comme à l'accoutumée. Avant les bombes, il y a eu les
avions. Avant les avions, les sirènes ont crié. Les
avions sont ce bruit sourd et lointain, cette lamentation. Viennent
ensuite les bombes, si elles viennent, parce quelquefois, c'est plus
loin que les avions vont faire leur travail. Les bombes sont claires.
Elles deviennent de plus en plus aiguës en s'approchant. Et puis
il y a un silence, un tout petit silence avant le fracas. C'est à
ce moment que l'enfant pleure; pourtant, allez donc savoir pourquoi,
il y a une sorte de joie dans ces explosions, une allégresse
difficile à concevoir, mais certaine. » |