|
le livre ,
l'auteur , l'illustrateur, la critique Collection "Nouvelles
et récits du Maghreb"
|
Trente
exemplaires de tête sur Vélin d’Arches
rehaussés d'interventions originales
par Joël Leick
1.000
exemplaires sur Arcoprint Edizioni.
L'exemplaire courant
: 18 €
ISBN 978-2-913896-88-8
octobre 2010
|
Le livre
« "Elle approchait de notre station, le regard baissé, imposant à son pas de ne pas ralentir. Respectant les frontières sexuelles de la ville, elle rasait les murs et ne s'en écartait que pour échapper à la charge puissante de nos corps, transis, alignés, silencieux, une armée en embuscade. A tout prix, fuir pour ne pas trébucher dans le ravin que creusait le torrent de la rencontre, à cet endroit-là de la rue et que venait parfois nettoyer une autre armée, celle des pères excédés. Elle était souvent seule mais il lui arrivait de passer accompagnée d'autres de ses amies ; ces fois-là, elle les couvrait de sourires. Normal, ils nous étaient adressés. Elle nous encourageait à tenir les murs de la ville, des murs qui sinon s'effondreraient contre le rempart de la tentation… »
La volupté entretient une énergie secrète, elle traverse l’enfance, la honte, la guerre, la maladie, le temps, les voiles et les interdits… Dans ces onze nouvelles, elle est l'apprentissage d’une perception intime du monde qui rend au corps toute son intelligence.





L'auteur
Karima Berger est née à Ténès, en Algérie. Après des études de Droit et Sciences politiques à l'Université d'Alger, elle s'installe en France où elle vit et travaille depuis 1975.
C'est dans le face à face des cultures arabe et française de son enfance, dans une découverte de l'Autre toujours renouvelée, dans cette confrontation vivante des langues, des corps et des croyances qu'elle puise l'essentiel de sa quête et de son expression.
Romans
L'enfant des deux mondes, Editions de l'Aube, 1998 (Prix du Festival du Premier Roman)
La chair et le rôdeur, Editions de l'Aube, 2002
Filiations dangereuses, Chèvre-Feuille étoilée éditions, septembre 2007
Contributions à des ouvrages collectifs
Revue Europe, n°spécial Algérie, 2003
Revue Etoiles d'Encre n° 13-14, mars. 2003
Nouvelles d'Algérie, AM Métailié, 2005
Revue Etoiles d'Encre n° 31-32, oct. 2007
Mon Père, Chèvre-feuille étoilée, 2007 |
|
|
|
L'illustrateur
 |
Le peintre Joël
Leick, qui est aussi photographe et poète, est né en 1961
en Lorraine ; il a réalisé à ce jour de nombreux
livres d'artiste, avec plusieurs des poètes essentiels de notre
époque, notamment M. Butor, S. Stétié, M. Benamou...
Il a été exposé à Groningen, galerie Anderwereld
/ Katuin (2000), au Luxembourg, galerie La Cité (1992, 1994,
1997, 2000), à Paris, galerie du Fleuve (1992, 1993, 1994, 1995,
1997, 1999), à Mayorque, Pollença galerie Maior, à
Toulouse, galerie Kandler (1994, 1996, 1999), à Washington, Cultural
Center (1999)... Il a participé à la FIAC (Saga) en 1993,
1995, 1996, 1997, 1998, 1999.
Salons : Art Paris 1999 ; Stockholm Art Fair 1992, 1995 ; Arco Madrid,
1994, 1995 ; Art Köln, 1996, 1997 ; Art Bruxelles, 1999, 2000 ; Pages, 2009.
|
La critique
ROUGE SANG VIERGE : Un style esthétique et audacieux
Le recueil de nouvelles de Karima Berger ROUGE SANG VIERGE progresse par une série d’instantanés juxtaposés proposés dans des registres variés et nombreux. Les tonalités poétique, réaliste, pathétique, humoristique se succèdent en autant d’instants de vie fugaces et intenses dessinant avec finesse l’imaginaire et la réalité de l’Algérie.
Certaines nouvelles de l’ouvrage de Karima Berger comme « Rouge Sang Vierge » sont de véritables poèmes en prose à l’écriture très soignée d’esthète qui fait fusionner les différents sens : « J’ai froid, j’ai chaud, je trébuche dans le rire trop rare de manman, je me noie dans les plis de l’écharpe qu’il déroule… ». Très souvent, on passe rapidement du quasi irréel au réel. Rouge, couleur personnifiée comme dans un conte de fées « Rouge vint alors, il me rendit visible, il me frappa de sa volupté. Il envahit ma vie » emporte l’adolescente dans un univers onirique exaltant. Mais très vite et en quelques mots, la Beauté sombre dans toute la noirceur du réel. Le sang qui coule n’est plus celui de la jeune vierge emplie de rêves voluptueux mais celui de la violence : « la vision Rouge du sang s’écoulant sur la blanche bure des moines ». On quitte de temps à autre le poème pour effleurer, en quelques mots ou en quelques lignes subtiles, un récit anecdotique constatant, sans éreinter, des figures d’une Algérie fangeuse où les valeurs s’effondrent. Dans « L’argent et son corps » Sabrina « s’enfui(t) de son village (…) et vient se terrer parmi les rats de la capitale ». Inadaptée à la vie citadine, à cause d’une société rigide, de la pauvreté et du chômage, Sabrina « se mêle à ces autres filles venues du fin fond du pays, meurtries, leurs consciences souillées, se consolant à coup de drogues, d’amnésies, de délire (…) et de violences parfois inouïes… » et elle vend son corps.
Dans ce recueil de nouvelles, la narratrice donne à voir une femme souvent niée en tant que telle. La fille reçoit une éducation différente de celle de son frère. Sa virginité s’impose alors que « « les frasques » du garçons « sont » considérées comme « des expériences viriles ». La femme est soit la mère (« les baisers de Nadia »), soit la vierge, soit la prostituée dans une société manichéiste où s’opposent le Bien et le Mal, le moral et l’immoral, le sacré et le profane. Loin de « la chaste » Algérie, dans une Algérie corrompue, la mère disparaît au détriment de la femme objet. Sabrina est perçue par son fils, devenu un débauché, comme une simple denrée : « lorsqu’il rabattait les hommes pour les filles de Moh, il vantait les charmes de Sabrina ». La femme n’est pas toujours reconnue comme un être à part entière. Seule la femme rêvée, celle que l’on imagine sous « son vêtement passe-muraille et son hidjab », belle, mystérieuse et sensuelle, existe dans certains esprits masculins. La femme n’a pas droit à la parole. La malade de « Formols » ne peut que se taire et accuser le Destin. Mais malgré tous les principes phallocrates, la femme arrive à s’imposer : elle « viole en secret la loi du hidjab » à la faveur de son parfum, « laissant flotter une ondée, de jasmin ou de muguet » après son passage. Dans « quarante jours », avatar de lysistrata, elle s’unit aux autres femmes pour rejeter, afin de respecter la Vie, les rites sanguinaires destinés à « honorer (des) dieux cannibales » édictés par Abraham . Karima Berger égratigne parfois au passage, en l’occurrence dans la nouvelle au titre provocateur « Téophanies », d’un léger coup de griffes humoristique le « sacré » avec des apparitions qui n’ont rien de divin. Mais elle ne dénonce pas.
Karima Berger ne rédige pas une œuvre féministe ou militante. Elle est avant tout une orfèvre de l’écriture. Elle se contente de montrer la société maghrébine dans un style esthétique et audacieux. Les différentes histoires de Rouge Sang Vierge malgré leur brièveté permettent de traverser différents milieux de la société algérienne tout en révélant les qualités littéraires de leur auteure. Karima Berger ose dire la société arabe sans sombrer dans la critique, laissant exister un horizon d’attente où le lecteur arabophone se reconnaît.
Annie Forest Abou Mansour
L ‘écritoire des muses, 23/01/11
Rouge Sang Vierge. Karima Berger Al Manar
Lors de ces étés torrides, dans l'Algérie du centre, l'enfer caniculaire s'est emparé du dehors. Dedans à l'ombre des corridors parfois, sous la treille, souvent sur le ciment frais qui dame le parterre des chambres, les corps pantelants se défont, se délassent se relâchent, pétrifiés par la géhenne.
C'est un peu le décor de l'enfance que nous propose l'écrivaine Karima Berger dans ce recueil de nouvelle brûlantes.
Intitulé Rouge Sang Vierge il vient de paraître aux Ed Al Manar Neuilly.
Née à Ténes près de la mer, Karima a passé une partie de son enfance à Médéa une ville rigoriste de moyenne altitude . Elle est connue pour son air sec et vivifiant une végétation verdoyante a quelques lieues de Tibhirine-les deux jardins, tristement célèbre depuis l'assassinat tragique et mystérieux des moines trappistes en 2006.
Le sang et le corps c'est dans ce diptyque christique que s'est nourri l'imaginaire de l'adolescente qui doit faire face aux yeux lubriques du masculin, et à ses caresses violeuses à ses regards injecté de sperme. Frustrations, désirs réprimés, sensualité cadenassée, volupté souillée, paroles obsédées.
Le corps d'une vierge est un sanctuaire, sur lequel veille scrupuleusement le collège des femmes dont la mère matrone érigée en mère supérieure des jeux interdits. La fillette doit faire attention à tout pour préserver cette pellicule invisible de l'hymen qui cèle tout l'honneur du clan;
Dans le clan il n'y a pas que des saints. L'oncle lui, fait peu de cas de la pudeur ambiante. Il profite des zones d'ombre pour exhiber son artillerie devant des fillettes effarouchées.
Rouge c'est la couleur du suc des figues ou des cerises c'est celui du sang qui perle de la blessure intime et mystérieuse, rouge c'est le sceau de la défloration forcément violente qui enluminera la nuit de noces des adultes rassurés sur leur horma.
Rouge était notre destin de vierge, écrit Karima. Sortir vêtue de rouge était interdit, sa flamme appelait les regards.
Curiosité compulsive... Les fille veulent se faire une idée de leur ouverture si fantasmée. Aidées d'un miroir elles se penchent sur le bidet, les fesses écartées, pour mesurer l'importance et l'apparence
de cet inter-cuisse inaccessible .
L'ignorance en la matière est la mère du vice . Voir et montrer. Quoi de plus voyant en rêvant de plus excitant que le rouge. Le rouge des joues de l'écolière qui sur le chemin se fait importuner par le Voyou. Son regard vissé sur les fesses de la gamine il la suit, la complimente sur ce goût de cerise dans les lèvres sur ces grenades éclatantes qui encadrent son visage.
Douce souillure visuelle initiation extase j'éprouvai le plus grand des désordres . L'innocence se trouva livrée en moi à l'empire du lisse et à la beauté du rouge. Confusion des sentiments Puis le voyou disparut.
Obsédé il ne pouvait se laver l'âme que dans le rigorisme intégriste censée être le beaume purificateur.
Or la pureté tue. On élimine ce qui souille Haine de toute source impure . Haine du féminin insaisissable. Haine de soi...
Sauvagerie dans la vengeance au nom de Dieu : Il devint Emir il consomma de nombreuses femmes : barbe bleue assis sur le Coran et des moines sans tête comme offrande .
On dit qu'il n'embrassait plus sa mère . Diable elle a beau être la mère de ses jours c'était quand même une femme, un suppôt de Satan.
Les photos de Joel Leck en ouverture illustrent l'esthétique troublante du récit tranchant.
Le rouge est conjugué au noir pour fomenter des symboliques contradictoires . La mort est aussi une forme de volupté. Mais pas toujours pour la victime
Cela s'appelle Rouge Sang Vierge Un très beau recueil de nouvelles signé Karima Berger
Djilali Bencheikh
Radio-Orient, 27/12/10
Rouge Sang Vierge de Karima Berger
Le premier mouvement vers le recueil de nouvelles de Karima Berger est dans le plaisir de tenir le poids du livre en main, d’en sentir la densité et le grain du papier sous les doigts, d’y voir saignante et poignante la lithographie de couverture de Joël Leick.
Aucune des nouvelles de ce beau recueil de douleurs et de joies ne fait l’impasse sur la morsure du réel pour l’être née femme.
A mi chemin entre le poème et le récit, chaque nouvelle saisit l’instant pour en ciseler les pulsations. On ne rentre pas dans un livre mais dans une chair d’où l’infinie mansuétude du cœur n’est jamais loin. Karima Berger y parle des mères, des filles, des putains tendres, des fils enfermés, des enfants exilés, des servantes éloignées. Des femmes comme d’un espoir, comme d’une perte, comme d’un flamboiement, comme d’une révolte, comme d’un désir d’être au-delà. Elle y parle des agneaux qu’il faut sauver du sacrifice.
Se dessine alors, par allusions et petites touches légères, le treillis serré de l’oppression sociale, pleine d’une créativité sans limite, pour étouffer le féminin. Oppression à laquelle chacune d’une manière ou d’une autre doit payer son tribut, à la recherche de son fil d’Ariane entre fatalisme et grâce de Dieu.
Par on ne sait quel détour derrière l’ombre, la plume est légère et l’humour affleure. Le quotidien dans la force du jour éclaire les événements. Il y a toujours un geste qui vient soulager du poids du malheur. Le sourire nous vient aux lèvres devant les enfants mangeant avec leur père les figues dont il s’est servi un instant auparavant pour les projeter avec sa colère sur ses filles perturbatrices de sieste.
Dans la durée de chaque lecture, nous sommes l’enfant, la mère, la pute, l’exilé, le peintre, le bébé bulle. De l’intérieur de leurs perceptions, nous atteignons leur humanité primordiale. Ils deviennent notre famille. Nous ne les oublierons plus. Le rouge sang vierge est aussi celui de dire l’autre avec passion, d’élargir la béance sans y tomber. La force du sang renouvelé qui pulse dans toutes les veines du monde, nous offrant, trésor sacré, le fragile territoire de la vie en mouvement.
Le livre clos, une chose demeure : la force des femmes vient à bout de tout, sauf du remords qui les tue plus sûrement que l’épreuve.
El Manar, « Collection nouvelles du Maghreb », 2010,
Marie Malaspina Grenoble 9 janvier 2011 |