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le livre ,
l'auteur , l'illustrateur,
la critique
Collection "Approches
et Rencontres "
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Quatre
essais sur la poésie, par A. Khatibi
couverture
et ex. de tête illustrés par Marwan
20 exemplaires tirés à part sur
vélin d'Arches
au format 22 x 16 cm,
rehaussés de trois gravures originales par Marwan,
sous couverture Arches ivoire 300 gr.
et emboitage.
ISBN
2-913896-38-3 ; 18 €.
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Le livre
Poète,
romancier, essayiste... A. Khatibi est un écrivain-penseur. Il
revisite ici quelques lieux essentiels de la littérature occidentale.
L'auteur
Abdelkébir
KHATIBI, sociologue et philosophe de
formation, est un écrivain protéiforme. Romancier, poète, essayiste,
dramaturge, critique d'art, philosophe du langage et de la politique…
A. Khatibi a exploré avec un égal
bonheur toutes les voies de la création littéraire.
Plus de vingt-cinq titres jalonnent son itinéraire d'écrivain, parmi
lesquels on retiendra La mémoire tatouée, Denoël, 1971, Le
livre du sang, Gallimard 1979 et 1986, Amour bilingue, Fata
Morgana, 1983, Dédicace à l'année qui vient, Fata Morgana, 1986,
Un été à Stockholm, Flammarion, 1990, L'art calligraphique
de l'Islam (avec M. Sijelmassi), Gallimard, 1994, Le roman maghrébin,
SMER, Rabat, 1980, Par-dessus l'épaule, Aubier, 1988, Paradoxes
du sionisme, Al Kalam, Rabat, 1989, Penser le Maghreb, SMER,
Rabat, 1993, La civilisation marocaine (sous sa direction et
celle de M. Sijelmassi), Actes Sud et Editions Oum, Casablanca, 1996,
La langue de l'autre, éditions Les mains secrètes, New York,
1999… et bien sûr Voeu de silence (épuisé,
repris dans Quatuor poétique), La Marche de l'ombre (avec Claude Bellegarde, Al Manar), L'Art
contemporain arabe (Al Manar, 2001), Le Corps oriental
(Hazan, 2002), Aimance (Al Manar, 2004),
Pélerinage d'un artiste amoureux, Le Rocher, 2004, Jacques Derrida, en effet (Al Manar, 2007)...
Il décède à Rabat le 16 mars 2009. Patrick Chamoiseau lui rend immédiatement hommage :
POUR ABDELKEBIR KHATIBI
Frère, tu savais les abîmes de la langue, ce qu'elle dérobe et qu'elle offre aux déroutes des langages, ce qu'elle nourrit de vertiges dans le désir des autres langues, tu savais aussi que raconter c'était saisir l'obscur, fréquenter l'indicible, la difficulté d'être avec tous mais au plus singulier, dans le partage sans concessions mais au plus différent, et trouver dans les tumultes du monde l'effervescence secrète, essentielle, où l'esprit vit le monde, en Guerrier, invente des peuples et des manières, va le mystère de la chose tissée et des calligraphies, et nous invente des horizons encore vifs d'être tatoués, portés haut à même la poussière du Maroc... Tu savais aussi l'amour, qui ouvre tant, toujours, et dont sait se nourrir cette orchidée à qui je donne ton nom...
Patrick Chamoiseau

L'une des
trois gravures originales (Chine appliqué) de Quatuor poétique
L'illustrateur
Marwan est né
en 1934 à Damas (Syrie). Professeur à l'Ecole des Beaux-Arts
de Berlin, il a développé une oeuvre importante (peinture,
gravure) que l'on a pu voir à plusieurs reprises à Paris,
notamment à l'Institut du Monde Arabe.

L'une des trois gravures originales (Chine appliqué)
de Quatuor poétique
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La critique
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Abdelkébir Khatibi
a plusieurs flèches à son arc. Celle de poète
et surtout de passionné de la poésie lui réussit
particulièrement. Dans Quatuor poétique,
il fait d'abord étalage de sa capacité mystique
à saisir les murmures du silence, avant de se tourner
vers des poètes qui lui tiennent à cœur. Le premier,
Rilke, parce qu'il vacille merveilleusement entre "le vœu
de silence et la parole vive". Le second, Goethe, parce
qu'il simule la force prophétique du poète. Le
troisième, Ekelof, parce qu'il trouve dans l'Orient le
point nodal de sa géométrie de l'esprit. Et enfin,
Lundkvist, parce que son Agadir fait écho à celui
de Khaïreddine et reprend sens avec le tsunami. Une belle
balade de l'esprit, en somme.
Tel Quel, 26 mars 06
Quatuor
poétique
L'écrivain
et penseur marocain Abdelkébir Khatibi poursuit ici,
avec exigence, ses réflexions entamées depuis
plusieurs ouvrages sur le sens de la littérature, ses
croisements, ses connivences. Il quitte ainsi de nombreux sentiers
battus, décloisonne le champ littéraire, déjoue
les pièges des études trop spécialisées,
pour donner à l'approche de la poésie des traversées
et des complicités, parfois insoupçonnables mais
toujours ouvertes, sur la beauté des rencontres. Dans
ce livre, Abdelkébir Khatibi s'attelle à l'étude
de quatre grands poètes européens, deux allemands
et deux suédois. On connaît l'importance de Rilke
et combien Gœthe était marqué par la poésie
persane dans son Diwan occidental-oriental.
Gunnar Ekelöf, lui, est l'auteur d'une trilogie orientale
dont un magnifique recueil, La Légende de
Fatumeh 1, inspiré par la mystique musulmane,
notamment turque. Lundkvist, lui, après avoir survécu
au tremblement de terre d'Agadir en 1960, a signé en
1961 un recueil poétique du même nom 2. Outre la
présence de l'Orient, si évidente dans l'oeuvre
de ces poètes - et qui montre à quel point la
littérature est voyage de l'esprit, errance et foisonnement
des sources -, le grand intérêt de cet ouvrage
réside dans le questionnement de la poésie, son
essence, ses fondements, son mystère. Chez Rilke, est
abordée la question de la solitude de la poésie;
chez Gœthe, celle du masque du poète et son double ;
chez Ekelof, le rapport eros/thanatos ;
et enfin, chez Lundkvist, l'homme au-delà du désastre,
la poésie et le chaos. Le projet de Khatibi est de tenter
de définir les rapports de la poésie avec la vie,
l'amour, la mort, Dieu, l'éternité, l'infini humain,
le cosmos, etc. Toute analyse de la poésie est un essai
de pénétrer son inaccessible sens, et toute lecture
nécessite d'autres lectures. Nous sommes loin de la sémantique
sûre d'elle-même, loin des analyses formelles qui
réduisent la face cachée du poème. Pour
autant, Khatibi donne ici des éclairages saisissants
sur une oeuvre poétique donnée qui génère
l'oeuvre d'un autre poète, dans une chaîne littéraire
libérée des frontières géographiques
et intellectuelles. Les poètes analysés montrent
à quel point l'interculturalité régit de
nombreux textes de la littérature universelle. L'intertexualité
guide le fonctionnement de la littérature vers l'infini,
vers le grand "Livre de sable"
pour citer Borgès. Le poème est une mer vaste
qui accueille la pensée humaine dans sa complexité,
dans sa mondialité. L'Orient à l'origine de certains
grands textes européens est d'abord une métaphore
sur la liberté de la poésie, son affranchissement.
Il ne s'agit pas de l'orientalisme du XlXè siècle
mais de l'invention des lieux, dans la dimension la plus intérieure,
la plus subjective, pour bâtir un nouvel univers, une
nouvelle vision du monde. Le salut de la poésie est dans
sa migration, dans son appropriation du sillage poétique.
Aussi, l'héritage universel devient-il un lieu généreusement
partagé par le poème dans sa quête et son
devenir. Dans un dialogue entre l'auteur et un ami, partie qui
clôt l'ouvrage, l'auteur donne cette réponse :
" Chaque poème est un horizontain de
l'inconnu, d'un territoire inconnu, d'un désert à
nommer, à déchiffrer en forme de sources de vie.
" (p. 90). Si la lecture de la poésie fait prendre
conscience du vertige du texte, de la limite de la qêÍte
du sens, elle donne à l'approche littéraire une
humilité, un visage humain. Le mérite de Khatibi,
en vrai poète du Sud, est d'avoir noué des liens
avec d'autres espaces du Nord pour rejeter les clivages et contribuer
a l'élaboration d'une nouvelle célébration
du poème.
1. Gallimard, Paris, 1979
2. Artur Lundkvist,
Agadir, Paris, Seghers, 1963.
Tahar BEKRI
Culturesud - Notre Librairie, n°
164, 2007
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