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‘MAX
JACOB’-DICHTERPREIS AN ÖZDEMIR INCE
Frankreich verlieh
zum ersten Mal an einen türkischen Dichter einen Ehrenpreis.
Der prominente Verlag‚
Al Manar’ in Frankreich, der auf den Bereich ‚Mittelmeer-Gedichte’
spezialisiert ist, hat den im Dezember veröffentlichten
dritten Gedichtband ‚ Mani est vivant !’ (Mani Hayy
!) des türkischen Dichters und Kommentators der Zeitung
‚Hürriyet’, Özdemir Ince, für würdig befunden,
den ‚Max Jacob’-Dichterpreis zu erhalten. (Hürriyet)
Özdemir
Ince : Mani est vivant !
(Préfacé par Vénus Khoury-Ghata, traduit
du turc par Ferda Fidan)
Editions Al Manar, 17 €
Poète,
essayiste et traducteur, Özdemir Ince vit à Istanbul
où j'ai eu le plaisir de le rencontrer grâce à
Abdellatif Laâbi. S'il a beaucoup publié dans son
pays et s'il est traduit en plusieurs langues, Mani est vivant
! est le troisième de ses livres, traduit et édité
en français après un choix de poèmes publié
par les éditions St Germain des Prés en 1982 et
On meurt à moins au Cherche-Midi,
en 1993, avec une préface d'Alain Bosquet. Vénus
Khoury-Ghata présente le poète avec empathie et
admiration dans une flamboyante préface : " Il se
sert des mots comme d'objets contondants pour forer son être
de l'intérieur. Un monde étranger surgit progressivement
sous sa plume : un monde au-dessus des mondes, où le
temps n'est pas divisible en jours, où les corps morts
se transforment en voix, où l'homme est un effondrement
vertical. "
L'ouvrage est composé en quatre parties. La première
regroupe " Douze poèmes pour Alexandrie. "
Le désert et la ville se confondent ou, paradoxalement,
sont deux pôles de solitude, deux espaces de méditation
existentielle, entre rêverie métaphysique et déréliction
: " Inutile de me perdre dans une ville aux rêves
tumultueux / avec un corps de glaise… " Dialectique des
contraires indissociables, l'illusion elle-même appartient
au monde réel : " Le mirage qui rêve : l'envers
et l'endroit du désert. / Tout existe. " L'envers
est pôle de confrontation avec soi-même, introspection
par le vide : " Je dois déménager de moi-même
maintenant, / à la recherche d'une Alexandrie étincelante.
" L'endroit est pôle de déchiffrement impossible
du monde, car si " caravane et désert parlent la
même langue, " le secret ontologique échappe
entre les lignes : " J'ai appris ceci, murmure-t-il au
monde, / que chaque livre est la mort d'un cahier blanc. "
Toute représentation, même provisoire, n'appréhende
pas la pluralité des points de vue. L'énigme se
dérobe. Reste le chant : " les villes et les poètes
affranchis vieillissent ensemble ; / même traîtresse,
néfaste et morbide, / elle ne tient dans nul document,
la ville où tu es né. " L'humilité
de l'être (" moi-désert, moi-mirage, moi-autre
") n'exclut pas la luxuriance métaphorique : "
Je dois désormais demeurer quelque part, / dans un sceau
de quartz, / pour me colleter à la poussière,
en prenant de l'âge. " Balancement entre l'aveu du
renoncement et la sagesse à cheveux blancs : " Je
ne cherche plus d'épisode pour ma légende sans
nombre. "
De l'Egypte prestigieuse à la grande civilisation macédonienne,
le deuxième ensemble s'intitule : " Douze poèmes
pour Ohrid. " Le pessimisme d'Özdemir Ince s'y affirme
encore plus nettement. Le lecteur y retrouvera parfois l'esprit
ravageur d'un Cioran ou d'un Schopenhauer. L'oxymore "
effondrement vertical " qui désigne l'homme précaire
ou encore l'image symbolique attribuée à la sagesse
des nations : " l'homme est une défaite… "
sont des indices irréfragables de la désespérance
du poète stambouliote. Toutefois, un humanisme fervent
traverse aussi cette œuvre non réductible à quelques
épithètes hâtives. Tel précepte s'inscrit
dans une démarche philosophique positiviste de l'existence
: " Deviens chemin. " Tels aphorismes se détachent
des poèmes comme des versets de textes sacrés
d'un orient fabuleux réactivé : " Tout rentrera
dans l'ordre : quand le chien et le basilic / parleront la même
langue. Quand une comète / te demandera le chemin de
sa maison. " Plus évident encore, ce clin d'œil
à l'ecclésiaste renoue avec les grandes paraboles
ancestrales : " Croire aux songes, c'est comme attraper
les ombres, / courir après le vent. / Songe et miroir
se ressemblent. " L'acte fondateur de la réalité
de l'être au monde, c'est la trace qu'il laisse de son
éphémère passage : " Lorsque tu t'en
vas, / reste le noyer planté de tes mains. " Avec
l'accent d'un moraliste de l'action, le poète livre cette
injonction prophétique : " Honte à moi-même
et au monde / si j'ai laissé un jour le monde tel que
je l'avais trouvé. " Tonalité, on le voit,
bien différente de celle des pessimistes autodestructeurs
mentionnés plus haut. Özdémir Ince s'inscrit
dans la veine des fossoyeurs de l'idéalisme philosophique,
revisitée avec l'expérience du naufrage des utopies
du XXème siècle.
La troisième partie donne son titre au recueil : "
Mani est vivant ! " A la fois réhabilitation de
l'hérésiarque de Perse, Manès, fondateur
du manichéisme -philosophie et religion-, et libre méditation
sur ce qui fut l'une des premières doctrines de l'Empire
byzantin, passerelle mystique entre les disciples de Jésus
et ceux de Zoroastre. Aussi, l'auteur joue-t-il abondamment
du dualisme philosophique dans ses variations poétiques
(" chaleur de poésie en plein frimas ") : "
Je peux parler la langue du désert et du vent / la langue
du vide me sert pour dire le monde // Je me porte garant des
affaires de l'univers. " Union dialectique de la lumière
et de l'obscurité : " La lumière te trompe,
quand tu ne voyages pas avec elle. " Le poète interroge
l'histoire, remonte aux origines pour conjurer les dérives
et les contresens au dégoût du jour (enfourcheurs
de versets sataniques, pirates de sourates !) : " Et la
cave que tu nommes passé est un peu ainsi, / tu perdras
ta mort / en perdant ton enfance. // La seule chose que l'homme
connaisse, / c'est la mort d'un autre. "
Enfin, en dernière partie, cinq stèles évoquent
des figures de la mystique turque ou de l'histoire de la grandeur
byzantine : Saltuk le Blond (" as de cœur caché,…pèlerin
amoureux "), le père Ilias et le père Ishak
qui " trempèrent leurs lèvres dans le verbe
", Caka Bey (tué à Abydos), Borak ("
complice de la nuit / dans le voyage céleste d'une caravane
"), Nasireddin Cakir, gouverneur de Mossoul, tué
en 1145 sur ordre du prince Arp Aslan… On retiendra cette double
métaphore du voyage et de l'écriture : "
l'encrier rond est une boussole, avec son aiguille et son couvercle
de verre… " L'encre d'Özdemir Ince coule de source,
saigne noire…
Ménaché
PRIX
MAX JACOB ETRANGER
2006
Mani est
vivant !
Özdemir
Ince, Turquie
Editions
Al Manar |

Özdemir
Ince
-
Paris, février 2006 : rencontre au Bureau d'Information
et de Culture turc, aux Champs-Elysées, avec Özdemir
Ince autour de Mani est vivant !,
récemment paru chez Al Manar - et qui vient de recevoir
le Prix Max Jacob étranger.
O
Mme Serpil Varhol, Conseiller
culturel, entourée de Özdemir Ince (gauche) et de
S. E. l'Ambassadeur de Turquie.
On reconnaît dans l'assistance,
de gauche à droite, Zakia Daoud, Tahar Bekri, Vénus
Khoury-Ghata, Christian Larrivaud...

Özdemir signe... Pour Céline
Groult-Gorius et Lucette Albaret.
A gauche : Kamal Lahbabi, Alain
Gorius, Tahar Bekri ; à droite : A. G. avec Zakia Daoud
et Claude Bellegarde.
Paris,
12 avril 2006, au CNL : remise du prix Max Jacon étranger
à Özdemir Ince

Remise du prix Max Jacob au Centre National
du Livre, en présence de S. E. l'ambassadeur de Turquie
(à la droite de Ö. Ince)

Özdemir et G-E. Clancier

Özdemir et Jean Orizet (Ed. du Cherche-Midi),
Président du Prix Max Jacob
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