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Ainsi
s'achève Le livre de l'amour, recueil d'inspiration
contemporaine en terre de poésie arabo-maghrébine. Mohammed
Bennis, dans une langue très pure et en se référant
aux grands classiques de l'Andalus, y célèbre l'amour
dyonisaque d'une façon que n'auraient désavouée
ni Artaud, ni Bataille...
"Le livre de l'amour, qui célèbre Ibn Hazm
et son Collier, est fait d'un croisement de textes où
nombre de matériaux sont mis en perspective pour nourrir une
fiction poétique qui révèle au plus près
la vérité de l'amour en tant qu'expérience personnelle
nourrie de tant d'identificatrions. C'est la façon qu'a le poète
de rappeler l'exigence et l'intensité de la liberté amoureuse
vécue dans le labyrinthe de l'émotion, du sentiment, de
la sensation, au risque de la folie ou de la mise à mort, de
soi, comme de l'autre. Le retour à Cordoue, les identifications
que révèle Ibn Hazm ne sont qu'un rappel de ce que le
sens commun a oublié en ces temps de soupçon qui veulent
imposer une moralité de convenance, inconnue de nos siècles
antérieurs et contre laquelle nos corps et nos coeurs se rebellent
tout entiers. Le poète reprend la tradition arabe de l'amour,
non seulement pour en confirmer les possibles, mais aussi pour en dénoncer
les limites, celles-là même dont les timorés continuent
à être les gardiens. Car enfin, le poète affirme
que le principe de prudence ne peut gouverner l'Amour. C'est à
l'excès, à la démesure qu'Eros nous convie. Une
écriture destinée à empêcher la défiguration
des valeurs de notre temps et à projeter le corps hors toute
forme d'économie vers cet épuisement où il se reconstitue.
"
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Frontispice
peint par D. Azzawi pour Le livre de l'amour
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L'auteur

Mohammed
Bennis (au centre), en compagnie d'une amie et de Tibari Kantour,
avril 2008, Marrakech
Mohammed BENNIS,
poète, éditeur, universitaire, est l'un des plus en vue parmi
les poètes marocains de langue arabe. Il a publié, en français,
Le Don du vide (traduit par Bernard
Noël, éd. L'Escampette) Désert au bord de
la lumière , traduit par A. Meddeb (Al Manar,1999),
Anti-journal de la métaphore
(Jean-Michel Place), recueil de poèmes accompagnés
de lavis de Colette Debré, et Funérailles
entre deux fleuves (L'Escampette). En 2008 paraît
chez Al Manar Le Livre de l'amour,
traduit par Bernard Noël et l'auteur.
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La fiche de
Bibliomonde :
Poète
et essayiste marocain de langue arabe
Né
en 1948, à Fès où il a passé sa jeunesse,
Mohamed Bennis a découvert la poésie arabe avec les vers
que lui récitait sa grand-mère, puis chez les libraires,
près de la Karaouine. Il enseigne aujourd’hui à l’université
de Rabat. Mohamed Bennis a son actif en arabe une quinzaine de recueils.
Il a cofondé les éditions Toubkal en 1985. C’est un des
chefs de file de la modernité poétique au Maroc. Mohamed
Bennis puise son inspiration à la fois dans la culture arabe
et dans la fréquentation des poètes français. Il
vit à Mohammedia
«
Si ma langue sur la terre, se meurt, cela veut dire qu’elle reste l’unique
legs qui m’interroge sur son devenir. L’enthousiasme qui guidait nos
pas aux années 1970 en direction du choix entre Occident et Orient
a perdu de sa vigueur. Être marocain, écrivant en arabe
ne me sépare en rien des autres poètes. La poésie
est seule, parce qu’elle ne cesse d’attirer les braises des langues.
C’est ce que nous apprend la condition actuelle de la poésie.
Sur le sol marocain, il n’y a pas que la poésie qui est écartée
de son milieu vital, le poète d’expression arabe l’est aussi;
il reste éternellement étranger ; nulle marque sur son
chemin de l’hospitalité, aucun droit à la parole, pour
faute d’aimer ma langue à la folie, et avec laquelle je ne cesse
d’écrire le chant des funérailles » extrait d’un
texte de Mohamed Bennis, traduit par Maati Kabbal (Le Magazine littéraire,
avril 1999).
Le peintre
C’est d’abord l’archéologie
qui a attiré cet Irakien, né à Bagdad en 1939.
Aussitôt diplômé dans cette discipline (1962), il
s’inscrit à l’Ecole des Beaux-arts. En 1965, ont lieu à
Bagdad ses premières expositions et, dès lors, il participe
à de nombreuses manifestations artistiques dans le monde. En
1976, il s’installe à Londres où il vit et travaille jusqu'à
ce jour.
Son parcours artistique se caractérise par un mouvement permanent
entre l’unité et la multiplicité.
Unité des références artistiques : le patrimoine
de la Mésopotamie, le legs de la civilisation arabo-islamique,
et l’art moderne universel.
Multiplicité des voies et supports : peinture, tapisserie, céramique,
volumes, affiches, lithographies, oeuvres de bibliophilie… La profusion
n’est pas toujours signe de dispersion. Dhia Azzawi a su ainsi forger
son style, reconnaissable à travers une reformulation du cubisme,
un talent chromatique élevé et une audace dynamique des
formes qui le positionnent pleinement dans la peinture contemporaine.
Son travail de gravure sur les Mille et Une Nuits, refusant
l’illustration anecdotique des contes, a constitué une nouvelle
expérience de cet artiste ouvert à toutes les aventures
créatives.
(notice publiée
par le ministère algérien de la Culture à l'occasion
d'ne exposition
organisée en 2007 par le Musée national d’art moderne
et contemporain d’Alger,
l’Institutdu monde arabe (IMA, Paris) et l’Office national des droits
d’auteurs (ONDA, Alger).
Quelques-uns des vingt-cinq frontispices
peints par Dhia Azzawi, qui font de cet ouvrage l'un des plus attachants
- ne serait-ce que du point de vue plastique - qu'ait publiés
Al Manar :






Couverture
d'un exemplaire de tête, imprimée sur velin d'Arches, sous
papier cristal...
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Jean-Paul
Michel, poète et éditeur, à l'auteur
Depuis
sa réception, c'est la troisième fois que je lis
Le Livre de l'Amour, et c'est à chaque fois
avec un immense sentiment de reconnaissance et d'admiration.
Quelle bonne idée que d'avoir voulu donner écho
par delà le temps au Collier de la Colombe et
à Ibn Hazm, d'entrer ainsi avec lui en dialogue en visant
la réactualisation active de cette tradition de la poésie
arabe andalouse, profuse, généreuse, débordante
d'élans sensuels. Evidemment tout cela est très
au-dessus des ressentiments étriqués, nourris
par le doute quant à soi et la crainte panique de l'autre.
La poésie du présent ne te rendra jamais assez
grâce pour la hauteur de ta visée comme pour la
netteté de sa mise en oeuvre. Tu donnes là avec
courage la preuve de ce qu'il est encore possible de ne pas
renoncer. Sache, cher Mohammed Bennis, que je suis fier d'avoir
pour ami l'auteur du Livre de l'Amour.
Tous mes compliments aussi à Alain Gorius pour la qualité
matérielle de l'ouvrage. Elle est le gage du sérieux
de son entreprise d'édition.
Ma toute meilleure amitié,
Jean-Paul

Mohammed Bennis a élaboré, avec ce livre, un dispositif concerté qui manifeste tout à la fois les contradictions du poème arabe moderne et l'intacte révolte du lyrisme amoureux. Il réécrit pour cela le traité d'Ibn Hazm (1), le théologien cordouan du XIè siècle qui, pour définir l'amour, avait associé l'exposition systématique des aspects de la passion, des récits de témoignages et des vers de sa composition. Ainsi Bennis mêle-t-il chant et récit, vers et prose, relisant une œuvre de la tradition pour interroger l'avenir du poème. Il s'identifie pour une part à son modèle : comme Ibn Hazm après la fin du califat omeyyade, il est exilé d'une Andalousie désormais "hors temps et hors lieu" qu'il lance en défi à la violence et aux conventions de son temps. Cependant, plus proche de la mystique de Hallâj et de Rûmi ou, on l'imagine, de l'érotisme de Georges Bataille, son défi va au-delà de la mesure gardée par celui qui était un musulman au littéralisme radical.
Stéphane Baquey
Cahier critique de poésie Marseille
(1). Le collier de la colombe. Voir la traduction de Gabriel Martin-Gros : De l'amour et des amants, Paris, Sindbad, "La bibliothèque arabe", 1992.
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