| { } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen | ||||
| Je te regarde | ||||
| le livre , l'auteur , l'illustrateur , la critique Collection "Méditerranées"
Je te
regarde a été distingué par la SGDL,
qui lui a attribué,
Maram al-Masri, née à Lattaquié, en Syrie, s'est installée à Paris en 1982 après des études de littérature anglaise à Damas. Aujourd'hui considérée dans le monde arabe comme l'une des voix féminines les plus captivantes de sa génération, elle se consacre exclusivement à l'écriture et à la poésie. Elle a ainsi participé à de nombreux festivals internationaux de poésie en France (Pointe-à-Pitre, Corte, Bastia) et à l'étranger (Buenos Aires, Cordoue, Murcie, Grenade, Dublin, Londres, Bruges, Amsterdam, Luxembourg, Catane, Gênes, Pistoia, Trieste, Vérone, Stockholm, Rabat, Tunis, Le Caire, Damas, Alep, Koweït city, San Francisco.…). Outre quelques nouvelles et de nombreux poèmes parus en revues, ainsi que dans plusieurs anthologies en arabe ou en traductions, elle a publié trois recueils de poèmes, et son œuvre est incluse dans plusieurs anthologies de poésie arabe et internationale. Je te regarde, le recueil publié par Al Manar dans une nouvelle traduction de Fr-M. Durazzo, a été distingué par la SGDL dans le cadre de ses Prix d'automne, 2007. Publications Je te menace d'une
colombe blanche, Editions du Ministère de l'éducation,
Damas, 1984. Traductions Français : Cerise rouge
sur un carrelage blanc, traduction de François-Michel
Durazzo en collaboration avec l'auteur, Editions Phi, Luxembourg / Les
Ecrits des Forges, Trois-Rivières (Québec), 2003. | ||||
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Youssef Abdelké est né à Qamechli, Syrie, en 1951. Diplômé de la Faculté des Beaux Arts de Damas en 1976, il continue ses études en France jusqu'en 1989 et obtient un doctorat en Arts Plastiques de l'Université de Paris 8. Abdelké vit et travaille à Paris. Il a participé à de nombreuses expositions, collectives ou personnelles, à travers le monde. Ses peintures sont présentes dans de nombreux musées, dont le British Museum ; ses oeuvres sont collectionnées surtout au Moyen Orient et en Europe.
Un entretien avec Maram al-Masri Maram Al Massri naît à Lattaquié en Syrie en 1962. Elle grandit dans un foyer aimant et aisé, où elle a accès à la culture, à une éducation recherchée, aux langues, aux arts. A 20 ans, elle suit son premier mari à Paris. Elle ne parle pas un mot de français et vit dans une solitude extrême. En 1984, après la naissance de son premier enfant et celle de son premier recueil de poésies Je te menace d'une colombe blanche, elle divorce. De son second mariage, naîtront deux autres fils. Cerise rouge sur carrelage blanc paraît en 1997, à Tunis chez l'or du temps. En 2003, il est traduit par François-Michel Durazzo, en collaboration avec Maram elle-même et publié en français aux éditions PHI, au Luxembourg. La même année, il est traduit en Corse par Ghjacumu Thiers, et publié chez Albiana. Toujours en 2003, il est publié en Espagne, où il est rapidement épuisé avant de faire l'objet d'un retirage. En 2004, il paraît en angleterre. Il sera bientôt publié en italien et en macédonien. Son troisième recueil, Je te regarde, paraît, lui, fin 2003. Maram commence à être reconnue internationalement : de grands poètes comme Adonis, Salah Stetié et Lionel Ray ont parlé d'elle en termes élogieux. Bernard Mazot dans la revue Aujourd'hui Poème l'a saluée comme " miracle d'inspiration et d'écriture ". Maram est une femme fragile et juste, avec une sensibilité à vif. Son écriture est sensuelle, féminine. Sa poésie est une poésie du corps et du désir. Mais le désir se confronte au devoir, et les mots livrent un examen sans concession de la position féminine dans sa relation avec le pouvoir masculin. Heureusement, Maram est une magicienne, une illusionniste, qui transforme la violence et la douleur en colombes. C'est ce que suggère le titre de son anthologie, parue chez L'Aile Editions (Toulouse) : Doux Leurre. Michael Binyon dit d'elle dans le Times (28 août 2004) :" Al Massri recalls moments of violence and intensity in a clever mixture of dreaminess and half-light pierced by hard, precise, detail ". Sans fioritures, sans le lyrisme classique du monde arabe, cette poésie est un reflet du vécu humain dans ce qu'il a de plus cru et d'universel. Ce que nous dit Maram, c'est que toutes les histoires d'amour se ressemblent, toutes les passions se consument selon les mêmes rythmes, toutes les ruptures déchaînent les mêmes rancoeurs, toutes les maisons abritent la même routine. Contrairement à ce qu'elle laisse penser, c'est une poésie qui ne dit pas tout. Ce qu'elle tait ou suggère est encore plus important que ce qu'elle dévoile. C'est une poésie faite d'énigmes, de silences, d'interrogations. A lire entre les lignes, entre les mots, d'un double-sens à l'autre, d'une métaphore à la suivante. Le vide est toujours là, écho de l'absence, et nous, lecteurs, on se demande à quel moment on va finir par basculer. C'est une poésie miroir qui nous renvoie à nos démons, à nos lâchetés, à nos petits arrangements quotidiens. Selon Farouq Youssouf il existe " une ressemblance étonnante et rare entre Maram et son poème. Qui a inventé l'autre ? […] Tu ne sais pas en l'écoutant, s'il s'agit d'un poème habillé en femme ou d'une femme que la poésie a couverte de son brouillard "(Al Watan, Doha/Qatar, mars 2002). Maram, femme-poésie au regard d'enfant, éternelle petite fille, qui fait danser les mots pour bercer ses douleurs. Hélène Mamberti
Interview Maram, quand avez-vous commencé à écrire ? " J'ai commencé à écrire de la poésie quand j'avais 16 ans, au moment de l'éclosion de l'amour. J'ai ressenti le besoin d'écrire pour m'exprimer. C'était aussi une façon d'affirmer ma différence. Je rêvais d'être poète. Mes premières poésies étaient rimée, rythmées, naïvement sentimentales et naïvement patriotiques. J'ai eu la chance de grandir dans une famille cultivée, ouverte sur le monde. Ma mère était une femme admirable, une artiste, une humaniste. Et mon plus grand frère est lui-même peintre et poète. Leur exemple, leur amour, leur confiance m'ont permis d'avancer, d'être moi-même, de recevoir la poésie comme un cadeau.Je ne prétends pas être une poétesse. Au début, je jouais avec la poésie. Maintenant, elle est ma liberté. " Est-ce plus facile ou plus difficile d'être une femme pour écrire de la poésie ? " Les femmes ont une sensibilité à fleur de peau, qui ne demande qu'à s'envoler sur les ailes des mots… Mais cela ne veut pas dire que c'est plus facile d'écrire. Même les poèmes les plus simples ne viennent pas facilement. Parfois, je ressens physiquement, douloureusement, la difficulté d'accoucher d'un poème. Et de toute façon, tout est plus difficile pour une femme. Naître fille, c'est partir avec un handicap. La société où c'est facile pour une femme n'existe pas encore. " Votre poésie est très impudique… " Impudique… Le mot me gêne. Je ne sais pas s'il a le même sens en arabe et en français. Dans ma poésie, rien n'est explicite, tout est suggéré. Et il peut y avoir aussi de la pudeur dans le fait de montrer la douleur de la nudité… Ce que dit ma poésie, c'est que l'acte d'amour permet d'accéder à la profondeur de l'être… Mais de toute façon, c'est déjà un acte d'impudeur d'écrire. Et moi, j'aime dire les choses comme elles sont. En littérature, la pudeur implique une distance qui permet trop souvent d'être " politiquement correct ". Cela ne m'intéresse pas. Moi, la vie privée, je ne connais pas. J'ai une sorte de flottement des frontières. C'est peut-être parce que je suis à cheval entre deux cultures. Et c'est peut-être parce que je suis authentique. Je ne cherche jamais à tricher, je suis telle que je suis, à l'intérieur comme à l'extérieur. C'est vrai qu'ici en France, cela m'attire parfois des problèmes. Lorsque je pose des questions indiscrètes, je m'en aperçois toujours après, au silence gêné, ou à l'agressivité que cela provoque. Chez nous, à Lattaquié, qu'il fasse chaud ou froid, les fenêtres et les portes sont toujours ouvertes, on entend tout, on participe à tout. D'ailleurs, 20 ans plus tard, j'oublie encore mes clés une fois sur deux et pour moi, fermer les volets, c'est s'emprisonner.Et puis, pudeur ou impudeur, cela dépend surtout de l'œil de celui qui lit… " Pourtant, vous
évoquez beaucoup le couple, ses déchirements, ses vaines
tentatives de bonheur, et la tyrannie de l'homme. On ne peut s'empêcher
de penser qu'il y a de l'autobiographie là-dessous… Entre votre
premier recueil et le second, il s'est écoulé treize ans… Avez-vous des
modèles, des auteurs fétiches, des sources d'inspiration
? Maram, quelle
est votre quête ? Un poème de Maram Al-Massri, extrait de Cerise rouge sur un carrelage blanc :
A PIAN' D'AVRETU, n° 25 Je te regarde Poèmes intimes oscillant sans partage entre amours, peines, sensualités et observations. Le ton authentique est celui de la confidence esseulée, servie par un verbe ramassé allant droit à l’essentiel d’un souvenir, d’une image ou d’une sensation. Illustré par Youssef Abdelké. A l’instar des rares femmes dont la plume n’a jamais celé leurs joies et affres intimes, cette poétesse se décrit autant qu’elle décrit les hommes qui ont croisé sa vie, avec particulière insistance sur son désir d’aimer bien et celui inséparable d’être aimée en retour du bien aimé. Le titre français précise le sens de l’observation qui émane de ces pages ; comme on le verra, les vers décrivent l’essentiel, et évoquent entre les lignes l’ambiance ou les antécédents qu’on devine merveilleux, mais plus souvent douloureux. Le livre s’orne de cinq dessins modernes de Youssef Abdelké, sans compter celui de la couverture : ils captent l’atmosphère des poèmes, tel le premier d’un homme et d’une femmes nus, mais dos à dos. Voici donc 15 des 100 poèmes cités ; les pages n’étant pas numérotées, le numéro entre parenthèses se réfère à leur ordinal. Le poème ouvrant ce recueil détonne du reste ; plutôt que relater des amours, il décrit les différents visages ou masques dont les êtres humains s’affublent selon leur humeur ou la situation : • On a plusieurs
visages Plusieurs visages Plusieurs visages De l’Amour avant toute chose… Filant l’ensemble du recueil, l’amour invite à la complicité entre l’homme et la femme : « Une femme au faîte de son désir / exulte / avec les anges d’un homme…(9) », ou encore « Devant ta poitrine / à l’affût / je dérobe / ton souffle / et le mets de côté / pour le jour où je m’asphyxierai…(40) ». Le poème (21) est même une version plus subtile que Déshabillez-moi, la célèbre chanson de Juliette Gréco. L’explicite allégorie du poème (3) chante toute la promesse de la rencontre, d’autant plus tendre qu’elle est murmurée de lèvres féminines : • La grenade, A la soif • Quel Ce corps • Ne sois pas tiède, Brûler C’est ainsi que
j’aime • Déshabille-là Une femme facile
? Le revers de la médaille… Cependant, à ces espoirs miroitant de bonheur, la relation avec l’Homme est souvent torturée ; celui-ci, souvent blessé à un moment de sa vie, s’isole, répond absent ou mal à l’invite de la Femme, qui pourtant veille sur lui à l’équilibre de leur relation : • Un cœur mille
fois percé • Il t’a fallu
avoir souvent été abandonné Souvent souffrir Tantôt l’un • Tu as oublié Celle dont tu as
vu • Pourquoi as-tu
oublié Tu m’as abandonnée, • Son armoire est
pleine Son mari l’a abandonnée Mais malgré la peine, la poétesse va de l’avant et ne s’arrête guère à la désillusion. Car peu importe qui de l’Homme ou de la Femme n’a pas été à la hauteur : imperturbable, la vie suit et doit suivre son cours : • Il connaît L’homme qui m’a
offert son eau L’homme qui a trahi • Je me faufile • Chaque fois je suis encore plus belle…(99) Erwan L'Helgouach
JE TE REGARDE : LA CHALEUR DES VERS DE MARAM AL-MASRI Rome, 24 janvier 2010 – Qui a eu la chance de rencontrer Mariam al-Masri en personne, une des plus importantes poétesses actuelles en langue arabe, ne peut oublier son sourire. Et la grâce des gestes et de la voix. Mais aussi la profondeur de son regard. L’éducation moyen-orientale, hors du temps, qui dans ses aspects les plus positifs, fait de la femme une œuvre d’art, se mélange avec une sensibilité peu commune et aussi avec un esprit d’indépendance, touché par la douleur qui transparaît, discrètement, dans les yeux. Encouragée par son frère à cultiver son talent poétique dans un contexte qui ne favorisait pas de prime abord l’expression féminine, elle émigra de Syrie en France, à la recherche de la liberté. Là les joies du mariage et de la maternité sont continuellement contrariés par la cruauté et par le vide des séparations. Si bien que la poésie devient une alternative qui procure le refuge d’une résistance incapable de renoncer aux parfums de la douceur. Mariam al-Masri vient d’être invitée à la rencontre « Ritratti di poesia. In viaggio con la poesia » ce 22 janvier au Tempio di Adriano à Rome; en 2009 Multimedia Edizioni avait publié, dans la traduction italienne de Marianna Salvioli, son troisième livre: “Je te regarde” (1ère édition à Beyrouth en 2000). Petits poèmes qui composent une histoire. Une histoire de féminité, de sincérité, de désir. « Je cours, je galope, je me bride, je monte / j’approche, je m’éloigne, je crie / je gémis, je halète, je fais silence, je me perds / je me retrouve, je tempête, je pleus / je pleure et je ris… / une femme au faîte de son désir exulte / avec les anges d’un homme » . Les images ardentes se confondent avec celles d’une irrésistible fragilité : « Déshabille-la / avec une infinie tendresse / et pose gentiment / tes doigts / sur son corps // une femme facile ? / peut-être / une femme abandonnée ? / certainement ». Et ainsi le Père prend des formes maternelles, enveloppantes : « elle demande à Dieu de lui envoyer / un signe en agitant son éventail / ou un onguent en soufflant / sur ses brûlures / comme une mère tendre… » Et la très antique image de la pouliche surgissant de l’univers féminin se colore de protestation : « perdante / comme une pouliche / montée par un / mauvais cavalier… » Parmi les thèmes qui résonnent dans le recueil, l’amour n’est pas le seul mais quand même le principal. La recherche de l’identité et le traumatisme de l’émigration sont à dessein exclus de l’imaginaire de ces poèmes de Maram al-Masri, mais affleurent ci et là comme une rivière parmi la rocaille : « elle a légué à ses enfants / une mère qui rêve / qui danse / qui sourit… // une mère qui pleure / qui désire // une mère sans argent / qui ne reprise pas les chaussettes // une mère qui écrit des poèmes / dans une langue qu’ils ne comprennent pas… » « que feront-ils / ceux qui ne comprennent pas ma langue / de tous mes souvenirs / et des promesses / dispersées dans mes lettres ? » Mais comme la femme sensuelle et amoureuse de la vie refuse de décrire sa propre existence sous le signe de la douleur ainsi la poétesse fait résonner dans ses vers la mine de ce sourire auquel elle tient pour toutes les photos ‘officielles’ : « une âme légère / qu’opprime / un atome de tristesse / et qui se pose / en silence… // légère / comme une plume / elle s’envole gaiement / comme une brise… [traduction de l’italien : Lambert Schlechter] |