{  } Éditions Al Manar Arts et littérature des pays du Sud méditerranéen

Isabelle l’Algérien

le livre , l'auteur , l'illustrateur, la critique

Collection "Récits et Nouvelles du Maghreb"

Vingt-cinq exemplaires de tête sur Vélin d’Arches
rehaussés de peintures
de Sébastien Pignon ;

 

1500 exemplaires sur Arcoprint Edizioni.

 

 

L'exemplaire courant : 18 €

 

ISBN 2-913896-32-4
avril 2005

Le livre

Isabelle Eberhardt. Genève, 1877, Aïn Sefra, 1904. Dix nouvelles de Leïla Sebbar.
Un portrait d'Isabelle Eberhardt en Algérie, le pays de l'exil heureux.

On entend la voix et les mots des humbles (soldats indigènes, paysans, bagnards, nomades, prostituées, légionnaires) et des dignitaires qu'elle a croisés (officiers de Saint-Cyr dans les Bureaux arabes, chefs de confréries musulmanes, fils de grande tente, hommes de lettres "algérianistes"). On entend aussi le spahi Slimène, le mari d'Isabelle, Lyautey, Lella Benaben à Alger, Lella Zeyneb à El Hamel.

Apparaît Isabelle l'Algérien. Musulmane, fumeur de kif, espionne, jeune lettré, débauchée... Insaisissable.

Cavalier arabe, elle nomadise entre exaltation et mélancolie. Elle a aimé le désert et l'Islam au désert.

L'auteur

Leïla SEBBAR est née en Algérie, d'un père algérien et d'une mère française, tous deux instituteurs.

C'est à Aix-en Provence puis à Paris, où elle vit aujourd'hui, qu'elle poursuit des études supérieures de Lettres. Elle centre son travail de recherche sur les représentations du " bon nègre " dans la littérature coloniale du XVIIIe siècle et sur l'éducation des filles au XIXe siècle.Elle collabore à des revues littéraires et à France-Culture.

Elle a publié des essais, des nouvelles, des romans, et participé à des recueils de nouvelles et à des albums de photographies.

Ses livres mettent en scène les croisements d'amour et de violence des rives Nord et Sud de la Méditerranée, Orient/Occident, Maghreb/France.

PUBLICATIONS

Essais :
On tue les petites filles, Stock, Paris, 1978.
Le pédophile et la maman, Stock, Paris 1980.
Lettres parisiennes, Autopsie de l'exil, avec Nancy Huston, Barrault, Paris, 1986; J'ai lu, 1999.
Mes Algéries en France, Bleu autour, 2004
Journal de mes Algéries en France, Bleu autour, 2005

Nouvelles :
La négresse à l'enfant, recueil, Syros Alternatives, Paris, 1990.
La jeune fille au balcon, nouvelles, éd. du Seuil, Paris, 1996. Prix Lecture Jeune, décembre1997; Points Virgule, Seuil, 2001.
Le baiser ; Collection " Courts Toujours " Hachette, Paris, 1997.
Soldats, éd. du Seuil, Paris, 1999.

Romans :
Fatima ou les Algériennes au square, Stock, Paris, 1981.
Parle mon fils, parle à ta mère, Stock, Paris, 1984.
Shérazade, 17 ans, brune, frisée, les yeux verts, Stock, Paris, 1982, 1984.
Le chinois vert d'Afrique, Stock, Paris, 1984; Folies d'encre, Eden, Paris, 2002.
Les carnets de Shérazade, Stock, Paris, 1985.
J.H. cherche âme-sœur, Stock, Paris, 1987.
Le fou de Shérazade, Stock, Paris, 1991.
Le silence des rives, Stock, Paris, 1993. (Prix Katob Yacine).
La Seine était rouge. Paris, octobre 1961, Thierry Magnier, Paris, 1999.
Marguerite, Folies d'encre, Eden, Paris, 2002.

EN COLLABORATION :

Recueils de nouvelles :
Paris-Dakar, autres nouvelles, Souffles, Paris 1987.
Voies de pères, voix de filles, Maren Sell et Cie, éditions, Paris 1988.
Les meilleures nouvelles de l'année 89-90, Syros, Paris, 1990.
Un siècle de nouvelles franco-maghrébines, Minerve, Paris, 1992.
Nouvelles de la guerre d'Algérie, trente ans après, Nouvelles- Nouvelles, Le Monde
éditions, Paris, 1992.
Une enfance d'ailleurs, 17 écrivains racontent, avec Nancy Huston, Belfond, Paris,
1993; J'ai lu, 2002.
Algérie, textes et dessins inédits pour l'Algérie (éd. Le Fennec, Casablanca, 1995).
Une enfance algérienne, recueil dirigé par Leïla Sebbar, Collection Haute Enfance,
Gallimard, 1997; Folio, 1999.
Une enfance outremer, recueil dirigé par Leïla Sebbar, inédits, Points Virgule, Seuil,
Paris, 2001.
Les Algériens au café, recueil dirigé par Leïla Sebbar, inédits, Al Manar, Paris, 2004

Albums de photographies :
Des femmes dans la maison, anatomie de la vie domestique, Dominique Doan, Luce
Pénot, Dominique Pujebet, Nathan, Paris, 1981.
Génération métisse, Amadou Gaye, Paris, Syros, 1988.
Femmes des hauts-plateaux, Algérie 1960, Marc Garanger, la boîte à documents, Paris,
1990.
Marseille, Marseilles, Yves Jeanmougin, Parenthèses, Marseille, 1992.
Val Nord, fragments de banlieue, Gilles Larvor, nouvelles Leïla Sebbar, Au nom de la
mémoire, 1998.
Femmes d'Afrique du Nord, cartes postales 1885-1930, avec Jean-Michel Belorgey, Bleu autour, 2002.

Jeunesse :
J'étais enfant en Algérie, Alger. Juin 1962, éditions du Sorbier, Paris, 1997.

Des essais et des romans ont été traduits en italien, en anglais, en néerlandais; des nouvelles ont été traduites en arabe, en allemand, en anglais.

Diffusion d'une pièce de théâtre : Les yeux de ma mère, France-Culture, avril 1994. Réalisateur Claude Guerre, comédienne Claire Lasne (Prix Italia pour l'interprétation). Traduction en anglais, UBU Theater, Nyork, 1998. Les éditions Kaléidoscope, Copenhague, 2000.


Isabelle l'Algérien, ex. 6/25. L'une des cinq illustrations originales (aquarelle et encre) de S. Pignon.


Isabelle l'Algérien, ex. 6/25. Une autre des cinq illustrations originales (aquarelle et encre) de S. Pignon.


Isabelle l'Algérien, ex. 6/25. Une autre des cinq illustrations originales (aquarelle et encre) de S. Pignon.


Isabelle l'Algérien, ex. 6/25. Une autre des cinq illustrations originales (aquarelle et encre) de S. Pignon.


Isabelle l'Algérien, ex. 6/25. Une autre des cinq illustrations originales (aquarelle et encre) de S. Pignon.


Leïla Sebbar et Alain Gorius dialoguent à Bourges, le 1er septembre 2005, à propos de Isabelle l'Algérien.
31 encre et aquarelle de Sébastien Pignon, inspirés par le livre,
sont exposés à la galerie L'Autre Rive

L'illustrateur

Sébastien Pignon est né en 1972 à Paris.

1988-90 : Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris.

EXPOSITIONS et PUBLICATIONS

1991 Réalisation d'une fresque pour Médecins du Monde, au Calmet Hospital de Phnom Penh (Cambodge) ; exposition collective, Château de Fontenay, Fontenay-aux-Roses.
1992 Exposition collective, Galerie Aithouares, Paris 6ème ; Assistant décorateur sur le Dom Juan de Molière, mise en scène Jacques Lassalle, à la Comédie française, Paris.
1995 Exposition personnelle, Galerie Colin-Maillard, Paris 8ème ; Exposition Sébastien Pignon - Tristan Mory, organisée par Pamela Duhesmes, Espace Commines, Paris
1997 Exposition collective au Salon de gravure contemporaine " Le Trait ", Paris 4ème ; exposition collective, Galerie Aude Oumow, Saint-Germain en Laye.
1998 Exposition personnelle, Galerie Aude Oumow, Saint-Germain en Laye.
1999-2000 Expositions de gravures à la Galerie Fortunato, Naples.
2001 Exposition collective, Galerie Nicolas Deman, Paris 6ème.
2002 Exposition personelle, Galerie Nicolas Deman, Paris 6ème.

2003 Publication d'un recueil de quatre-vingts dessins érotiques, intitulé Devant-derrière, ed. Bleu autour
- Exposition des dessins originaux du livre Devant-derrière, Galerie Natalie Séroussi, Paris 6ème
- Publication de dessins accompagnant un recueil de nouvelles, intitulé Les Algériens au café, sous la direction de Leïla Sebbar. Édition de vingt épreuves de tête signées et numérotées sur Velin d'arches, rehaussées de cinq aquarelles originales, ed. Al Manar.
2004 Publication de dessins accompagnant le " récit " d'Albert Bensoussan, intitulé Aldjezar. Edition de vingt épreuves de tête signées et numérotées sur Velin d'arches, rehaussées de cinq aquarelles originales, ed. Al Manar.
- Exposition personnelle de peintures, intitulée Compagnie, Galerie Natalie Séroussi, Paris 6ème.
- F.I.A.C, installation de peintures, intitulée Pisseurs-pendus, Galerie Natalie Séroussi, Paris 6ème.
2005 Exposition personnelle de peintures, intitulée Le moment actuel, Galerie Libéral Bruant, Paris 3ème.
2005-2006 Pensionnaire Villa Médicis, Rome.
2007 Les larmes de Schéhérazade, exposition personnelle à Marrakech.

 
31 encre et aquarelle exposés la galerie L'Autre Rive, à Bourges, septembre 2005.


Vernissage, Galerie L'Autre Rive, Bourges, 1er septembre 2005.
A gauche, Jean-François Jeannet, responsable de la galerie
et organisateur de l'événement avec l'Association Land Art.

La critique

Leïla Sebbar (...) publie, avec des dessins de Sébastien Pignon, une belle évocation d'Isabelle Eberhardt, Isabelle l'Algérien
(éd. Al Manar, editmanar@free.fr, 88 p., 18 euros).

Le Monde, supplément litt. du 3 juin 2005, p. III

Isabelle EBERHARDT vue par Leïla SEBBAR

Dix nouvelles comme les dix pièces d'un puzzle pour essayer de reconstituer le portrait d'Isabelle EBERHARDT. Dix narrateurs qui portent un regard différent pour cerner l'identité de cette femme "étrangère" aux yeux des Algériens, étrange aux yeux de tous ! Car chacun s'interroge sur sa véritable personnalité.
Qui est cet "ange déguisé en homme" aperçu au café par deux fillettes ? Qui est ce cavalier en burnous blanc qui fume le kif dans les cafés maures ? Un jeune lettré ou un musulman qui se fait appeler Si Mahmoud ? Qui est cette jeune femme russe convertie à l'Islam ? La femme du spahi Slimène Ehnni ou une jeune journaliste ?
Devant cette énigme vivante, les "on-dit" vont bon train : espion ? aventurière ? prostituée ?; les qualificatifs se succèdent : intelligente, cultivée, débauchée...; les appellations se multiplient : Isabelle l'Algérien ou Si Mahmoud la musulmane ? Ziza ou Madame Ehnni ?
Avec ce recueil biographique, Leïla SEBBAR ne dresse pas une statue figée à la mémoire d'une figure historique, elle multiplie les facettes de la vie d'Isabelle EBERHARDT pour en restituer la richesse et la diversité.

Joël GLAZIOU, Harfang, p. 79, juin 2005

L'Algérie de toujours

(...) Dix nouvelles admirablement éditées et illustrées de dessins originaux de Sébastien Pignon. On entend la voix et les mots des gens qu'Isabelle a croisés, le général Lyautey, paysans, soldats indigènes, bagnards, nomades, prostituées, légionnaires, chefs de confréries musulmanes. Son titre ? Isabelle l'Algérien. Un bijou et un vrai moment de lecture.

Edmonde CHARLES-ROUX,
La Provence, dimanche 12 juin 2005


La Montagne, juin 2005

Isabelle l'Algérien
Leïla Sebbar

L'ambiguïté du titre de cet ouvrage correspond à l'ambiguïté de l'héroïne, Isabelle Eberhardt se faisant appeler Si Mahmoud. A travers dix nouvelles, l'auteur tente de retrouver, après tant d'écrivains comme Doyon ou Randau (dans Les Algérianistes) ou Edmonde Charles-Roux, cette personnalité si complexe, à la fois exaltée et mélancolique, franchement hors-norme. Ces nouvelles, écrites dans une langue souple et poétique, sont présentées dans un livre d'une facture parfaite : papier, caractères, illustrations sobres et élégantes de S. Pignon.

Yves Naz
L'Algérianiste

Leïla SE BBAR, Isabelle l'Algérien - Nouvelles et récits du Maghreb. Illustrations de Sébastien Pignon. © Al Manar, 2005.

Le livre de Leïla Sebbar, Isabelle l'Algérien, nous invite à un voyage dans la vie d'Isabelle Eberhardt. Dix nouvelles et récits du Maghreb - élégamment illustrés par Sébastien Pignon - pour entrer dans l'univers de cette femme rare dont Lyautey disait :

" Elle était ce qui m'attire le plus au monde, une réfractaire. Trouver quelqu'un qui est vraiment soi, qui est hors de tout préjugé, de toute inféodation, de tout cliché et qui passe à travers la vie aussi libéré de tout que l'oiseau dans l'espace, quel régal ! Je l'aimais pour ce qu'elle était et ce qu'elle n'était pas. ]'aimais ce prodigieux tempérament d'artiste, et aussi tout ce qui, en elle, faisait tressauter les notaires, les caporaux, les mandarins de tout poil. ''83

Isabelle Eberhardt, Sidi Mahmoud, Si Mahmoud Saâdi, étrange caméléon emporté dans la crue de l'Oued d'Aïn Sefra en 1904. Ce moment dramatique de la vie humaine, cette finitude du corps, Leïla Sebbar choisit de le rendre dès le commencement du livre dans une langue simple et belle, triste aussi :

" L'eau ne s'arrête plus à la berge, elle déborde et roule sur la ville basse, torrentielle.

L'école, le bordel, la poste, les commerces pauvres, les cafés maures... L'eau emporte les élèves, le postier sa femme et son fils, des femmes qui se réveillaient à peine de leur nuit de travail et de fête, elle écrase la dernière maison.

Il est sauvé des eaux, elle meurt.Sur le brancard porté par quatre hommes d'Aïn Sefra, un corps dans un linceul blanc. L'eau de la montagne a accompli le rite des laveuses de morts. Il sera inhumé dans le cimetière musulman, suivant les ordres du général de brigade Lyautey. Le cimetière d'Aïn Sefra est-il poétique comme celui d'El Oued ? Si Mahmoud écrivait à son frère Augustin : " Je veux que l'on nous mette un jour tous les deux (Slimène et elle) enveloppés du linceul blanc des musulmans, au fond du même trou, dans le sable blanc. " 84

Cette 'bonne Mahmoud' qui disparaît violemment au début du XXe siècle - date à laquelle la France pense avoir 'pacifié' l'Algérie - est un personnage étrange et atypique. Déracinée, enracinée, Isabelle Eberhardt l'exilée russe a fait sien le grand sahîl blanc et le vieil Islam du désert.85 Habillée comme un fils de grande tente, elle va à la rencontre de ces Algériens musulmans réduits, depuis la promulgation du code de l'indigénat en 1881, à n'être que des ombres au sein du Dar al islam à l'image du forçat de la nouvelle " Le cavalier sur la colline " 86 :

" Sur la colline, un cavalier en burnous blanc. Il monte une jument blanche. Il marche entre les buissons et je sens l'absinthe et la menthe et le romarin. Il ira jusqu'au bois sacré, là où les oliviers centenaires sont couverts de rubans colorés, de brins de laine et de morceaux de chiffons. Je les connais. Je ne lesreverrai pas. Le cavalier, c'est lui. Le jeune Arabe du désert. Il s'arrêtera sous l'olivier, l'olivier sacré de la colline haute, la plus haute, où mon père aimait se reposer et méditer. Sur sa jument il regardera la ville, le cap et le port, la mer. Il pensera peut-être que j'aurai traversé notre mer blanche pour aller de l'autre côté, sur l'Ile de Corse, au pénitencier de Chiavari et d'autres avec moi. Mon compagnon forçat me montre le cavalier blanc, il me dit : " On dit quec'est une femme. " Je n'y avais pas pensé. Il ajoute: " Un musulman. "

De cette terre d'Algérie qu'Isabelle respire goulument, parfums mêlés et entêtants de jasmin et de fleur d'oranger, monte une plainte lancinante. Plainte des tribus et des confréries, des fellahs et des citadins, des hommes et des femmes réduits à la misère et à l'humiliation. Si Mahmoud Saâdi est le témoin, comme Eugène Fromentin, comme Emile Masqueray..., de ce monde ancien qui agonise. Du monde nouveau qui éclôt alors émergent les exclus de la société coloniale : les femmes abandonnées, les enfants des rues, les prostituées des quartiers réservés qui irriguent le livre de Leïla Sebbar... Avec ceux-là aussi Isabelle fait corps. Trait d'union entre l'Orient et l'Occident, Si Mahmoud chevauche aussi, vaillamment, les frontières du licite (halâl) et de l'illicite (harâm), du permis et del'interdit jusque dans son amour pour Slimène Ehni, spahi de l'armée d'Afrique, qu'elle épouse. Slimène Ehni à qui Leïla Sebbar donne la parole dans la nouvelle " Ziza " qui clôt le recueil :

" [...] Il s'inquiète parfois d'une tristesse nouvelle, lui semble-t-il. Isabelle parle de 'mélancolie', la sienne, mais en même temps, elle répète qu'elle recherche et qu'elle aime la mélancolie du Souf et de l'Islam. Une mélancolie différente ? Elle dit 'mélancolie' et lui 'tristesse' ? Cette tristesse qui prend Ziza et la rend à la fois inerte et désespérée, ce désarroi Slimène ne sait comment le combattre pour rendre Isabelle à Ziza, sa Ziza. Il redoute la joie du kif et du rire bruyant de l'alcool. Est-ce qu'elle ne l'aime plus ? Est-ce qu'elle ne sait pas qu'il est là pour elle, avec elle, la seule, l'unique. Et lui n'est pas l'unique ? Dès l'aube, il est encore endormi, elle n'a pensé ni au café ni à la galette, Isabelle-Mahmoud galope avec Souf, son cheval préféré, dans le Souf. Où veut-elle aller ? Où veut-elle arriver ? Elle parle souvent des 'âges anciens de l'humanité', de 'l'humanité primitive', de 'l'Islam serein, apaisant'..." Où va-t-elle trouver ce qu'on ne peut trouver sur terre, ce qu'elle trouvera outre-mort ? [...] " Ziza l'amoureuse, Si Mahmoud le taleb, Isabelle Eberhardt, la journaliste et écrivain travestie en homme composent le portrait émouvant et subtil de cette Isabelle l'Algérien qui nous parle, par la belle voix de Leïla Sebbar, de métissage, detolérance et de fraternité - de liens aussi, entre ici et là-bas, entre l'Algérie et la France, entre Isabelle et Leïla. 87

Christelle Taraud
Riveneuve n° 3, automne 2005, p. 275 sqs

84 Pour tous les extraits de l'ouvrage inclus dans cette note : © Al Manar
85
Sahîl veut dire "rivage" en arabe.
86 Dar al Islam Littéralement, la maison de l'islam. Par extension, territoires où l'Islam est majoritaire.
87
Leïla Sebbar, Mes Algéries en France. Carnet de voyage, Saint-Pourçain sur Sioule, Bleu Autour, 2004, et Journal de mes Algéries en France, Saint-Pourçain sur Sioule, Bleu Autour, 2005.

Isabelle l’Algérien

Dans Isabelle l’Algérien, Leïla Sebbar, au travers de dix nouvelles, nous fait découvrir l’énigmatique Isabelle Eberhardt, femme habillée en homme, présente et fuyante en permanence. Des nouvelles paradoxales et mystérieuses sur cette femme qui parcourt l’Algérie à cheval et vit différentes aventures « Et ce matin-là, devant moi, la fille en habit d'homme, pantalon et veste de drap ou peut-être ce même jour, portait-elle déjà l'habit arabe, culotte longue, gilet et chéchia ?
On aurait pu la prendre pour un garçon avec sa mère, belle et douce, qui parlait le français avec un accent qui chante. Je suis resté là, un moment, je regardais, j'écoutais. Elles sont entrées, je suis revenu à mon travail de petit serviteur du caouadji.
Je les voyais souvent dans le quartier indigène qu'elles ne quittaient plus, la mère et la fille, au marché, dans les ruelles marchandes, elles se promenaient. La fille allait à la mosquée, elle prenait des leçons d'arabe. Au café où elle venait souvent bavarder avec les hommes dans son habit de jeune lettré, elle ne disait pas qu'elle était une femme, on le savait, personne ne protestait, je n'ai pas entendu un client se plaindre de sa présence. On disait aussi qu’elle s’était convertie à l’Islam. J’ai su que c’était vrai lorsque je suis allé vivre chez elles, les Russes de la maison que je ne connaissais pas. ».
De magnifiques dessins de Sébastien Pignon accompagnent les nouvelles.

Tous les textes de Leïla Sebbar nous présentent l’Algérie dans ses multiples facettes, dans ses passions et ses contradictions. De belles découvertes et de passionnants voyages au fil des pages et des mots.

Brigitte Aubonnet
Encres vagabondes (26/11/06)

Sur les traces d'Isabelle Eberhardt
La vie d'une aventurière du désert ressuscitée avec dix nouvelles.

Leïla Sebbar vient de publier « Isabelle l'Algérien » aux éditions Manar. Il s'agit d'un recueil de dix nouvelles, avec Isabelle Eberhardt comme héroïne récurrente. Toutes évoquent, avec un peu de romance mais pas à l'eau de rose, la vie de cette femme écrivain qui quitta Genève à la fin du XIXème siècle pour vivre sa passion du désert en Afrique du Nord. Ce qui fascine chez Eberhardt, c'est son audace : habillée en homme et sous le nom d'emprunt de Mahmoud Saâdi, elle parcourt le sud oranais, apprend l'arabe et se convertit à l'islam.

Dans la peau d'un homme
En lisant les nouvelles de Leïla Sebbar, on a le sentiment de remonter le temps, d'entendre la voix d'Isabelle, d'écouter ses conversations avec les humbles et les dignitaires qui ont croisé sa vie. Des paysans aux bagnards, des prostituées aux légionnaires, on devine le quotidien de cette aventurière qui a opté pour les nuits à la belle étoile au Sahara plutôt que pour les soirées mondaines en Suisse.
On découvre aussi la complicité des nomades : « Il sait, le Mokhzani, que Si Mahmoud est une femme, il ne dira rien, il sait qu'il est musulman, ils ont partagé le pain et le sel, ils ont fait la prière de l'aube et du coucher ensemble. Il sait aussi qu'il appartient à la Confrérie des Qadiriya, ... ». Isabelle Eberhardt fut, en effet, initiée aux rites de l'ordre soufi de la zaouia Qadiriya, un honneur sans précédent pour une Européenne. La vie de la jeune femme est aussi racontée à travers sa rencontre avec l'officier arabe Slimène Ehnni, un musulman de nationalité française, qui deviendra son époux quelques années plus tard… On relève quelques références au Général Lyautey qui tenta d'en faire son agent secret en échange de sa protection.
L'idée de Leïla Sebbar qui consiste à revenir sur la vie d'« Isabelle, l'Algérien », par bribes plutôt qu'avec un pavé appelé « biographie », est bien trouvée. Les nouvelles permettent d'approcher le mythe qui s'est construit autour d'elle. Et surtout, elles donnent envie d'aller plus loin en découvrant l'œuvre de cette aventurière, auteur de nombreux romans.

Magalie Durdux, Le Journal hebdo,
Casablanca, 16-12-2006