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le livre ,
l'auteur , l'illustrateur, la critique
Collection
"Méditerranées"
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Aïcha
ARNAOUT
Fragments d'eau
traduit de l'arabe
(Syrie)
par Abdellatif Laâbi
Méditerranées
Al Manar
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Vingt
exemplaires de tête sur Vélin d’Arches
rehaussés, chacun, de six aquarelles originales
de Sakher Farzat ;
1.000
exemplaires sur Bouffant édition.
96 p. format 22 x 16
Ouvrage publié avec le soutien du Centre National
du Livre
L'exemplaire courant
: 16 euros
ISBN 2-913896-20-0
octobre 2003
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 Le livre

L'édition courante, typographiée
sur Bouffant. Couverture Sakher Farzat.

Fragments
d'eau : l'une des
six illustrations originales par Sakher Farzat, ex. 17/20

Fragments
d'eau : une autre
des six illustrations originales par Sakher Farzat, ex. 17/20
 L'auteur
Aïcha ARNAOUT est née
en 1946 à Damas. Ses œuvres poétiques ont été
publiées en Syrie et au Liban. Elle vit en France depuis 1978.
Au sein de la poésie
arabe d'aujourd'hui, l'originalité de cette voix féminine
réside dans un art du contrepoint. Elle dénonce sans déclamer.
Elle part du plus intime pour toucher à ia réalité
de l'oppression. Dans une étrange familiarité avec la
mort, elle traverse les déchirements de l'amour et reçoit
les éblouissements de la vie. C'est avec retenue qu'elle énonce
ses impudeurs. Sa poésie n'en est que plus mordante et insolite.

Aïcha Arnaout au Marché
de la poésie (stand Al Manar), juin 2003
Le
traducteur
Poète, romancier, essayiste,
Abdellatif Laâbi est né au Maroc ; il vit en France, et
a traduit de nombreux poètes originaires du monde arabe (M. Darwich,
A. Zrika, S. Al Qassim, H. Hamdane, M. Al Maghout, H. Kanafani, F. Bayrakdar,
M. Bennis, Q. Haddad…).
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L'illustrateur
Sakher FARZAT est né en
Syrie en 1943 ; il s'est installé à Paris en 1977, après
un séjour d’un an et demi à Rio de Janeiro.
• Professeur à la Faculté d’Architecture de l’Université
de Damas , 1972-1973, et à la Faculté des beaux-arts de
l’Université de Damas , 1974-1977, il a publié plusieurs
articles et études en France et dans les pays arabes.
• Ses oeuvres ont été exposées en permanence à:
Galerie Urnina, Damas, de 1971 à 1977.
Galerie Tableaux d’art, Säo Paulo, 1977.
Southwest Gallery, Dallas, de 1989 à 1992.
Galerie Obsis, Paris, de 1990 à 1995.
Galerie Peinture - Peintures, Paris, de 1991 à 1994.
Galerie Francine Fontaine, Paris , de 1989 à 2000 .
Galerie Darat Al Funun, Amman, de 1996 à 1999.
• Expositions personnelles récentes : 2002,
Galerie Al Manar, Casablanca 2001 Centre culturel Al-Gezira
- Le Caire - Egypte ; « La Fonderie » Hérouville
- France 1999 Centre « Dumas » Lens - France.
« INSAD », Fontainebleau - France 1998
« Musée d’Orléans » France 1996
Galerie « L’UDAC » Paris...

S. Farzat, huile sur toile
Les interventions de Sakher Farzat
: exemplaire XX/XX
(chaque exemplaire est revêtu de six interventions
originales)

Exemplaire XX/XX, intervention 1

Exemplaire XX/XX, intervention 2

Exemplaire XX/XX, intervention 3

Exemplaire XX/XX, intervention 4

Exemplaire XX/XX, intervention 5

Exemplaire XX/XX, intervention 6
 La critique
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Dés sur
le carré de la terre
La vie
sur les rives et les lisières, au commencement et au
terme, quand l'invisible se révèle et ne tarde
pas à s'évanouir : tels sont les confins d'où
la poésie de Aïcha Arnaout tire son inspiration
et s'aventure dans l'espoir d'en ramener quelque lueur qui lèverait
un peu le voile sur l'inconnu. Elle le fait comme si elle était
une "fleur sauvage" frémissant au gré
du vent. Une poésie hantée par la quête
de l'essentiel sans être sure de sa capacité à
savoir vraiment où s'arrête la frontière
de la découverte, du hasard et de l'absurde, et où
commence celle du sens. Comme si elle n'était que de
simples dés que la poétesse lancerait sur le carré
de la terre. Et quand nous la lisons, nous avons comme la sensation
de fouler le tertre de la parole dans un désert d'angoisse
et de perplexité. Chaque fois que nous croyons voir de
l'eau miroiter au lointain et nous en approcher, la distance
nous surprend et approfondit en nous cette angoisse et cette
perplexité. C'est une poésie qui habite le monde
des naissances et révèle la secrète correspondance
entre la vie et la mort. Elle se lève et marche dans
ce théâtre obscur qui s'étend entre le commencement
et la fin. Elle nomadise entre les deux extrêmes, à
l'image d'un oiseau qui semble ouvrir ses ailes pour la dernière
fois.
Dans sa
quête de l'essentiel, cette poésie ne décrit
pas le monde existant ni ne s'attarde à ses détails.
La voix n'est pas celle de la lamentation, de la diatribe ou
de l'éloge. Il n'y a pas d'un côté les pleurs
et de l'autre l'allégresse. Pas d'espoir ni de désespoir
non plus. Une voix unique tel le parfum, pudique, délicate,
austère. La langue est sans prétention. Elle ne
cherche pas à changer le monde pour en construire un
nouveau sur ses décombres et se contente de regarder
à la dérobée ce qui a disparu et ce qui
ne peut pas être encore. Elle semble s'interroger subrepticement
: pourquoi d'aucuns s'obstinent-ils à vouloir rendre
sa jeunesse au monde ? N'est-ce pas plus simple et plus singulier
en même temps que de vivre, penser, écrire, comme
si nous ne faisions en cela qu'insuffler l'enfance en toute
chose et pour toute chose ? Pas d'événements,
mais des allusions et des signes, et si d'aventure événement
ou chose vue il y a, ce ne sont qu'indices de l'avant ou de
l'après. Il n'y a pas de construction, mais des traits
fins et des épaisseurs transparentes. C'est ainsi que
"l'ombre a le dernier mot", selon l'expression de
l'ami disparu, le grand poète Roberto Juarros. Voilà
ce que nous lisons à la clarté de la poésie
de Aïcha Arnaout. En nous donnant à voir du monde
ce balancement au bord d'un certain gouffre, elle nous rappelle
que la vie est un moment fugace, une pénible incertitude,
cet or cosmique qui se meut sur deux pieds d'argile. Elle nous
rappelle aussi que la vie exige, puisque nous la vivons, des
actes exceptionnels comme en exige l'amour. C'est ainsi que
cette poésie ne cesse de s'interroger sur les contrées
secrètes de l'avènement en instance et de l'absence,
sur le non-advenu et son attente, sur ce qui est menacé
en permanence, indécis, relié à l'absence.
En cela elle élargit l'horizon des sentiments et de la
vision, précède le temps et se penchesur les tourments
de l'anticipation, en recueille les traces perdues. Dans sa
nostalgie non déclarée d'une masculinité
authentiquement amoureuse, elle est hantée par la fondation
d'une féminité cosmique, annonçant ce qui
se conçoit dans l'inconnu, une féminité
à son tour fondatrice d'un amour semblable à une
rencontre dans l'exil et l'étrangeté, à
un périple libre au-delà des fins.
Oui, sous
cette voûte du questionnement, de l'angoisse et de la
perplexité, il me plaît de dire de la poésie
de Aïcha Arnaout qu'elle est celle du recueillement et
du cheminement permanent vers le mystère.
Adonis
Fragments d'eau
Ce recueil,
par ailleurs magnifiquement mis en page et laissé aux
soins d'un imprimeur typographique, a été établi
à partir d'une traduction d'Abdellatif Laâbi, depuis
l'arabe de Syrie. La poésie d'Aïcha Arnaout relève
d'une écriture en suspens, où toute ponctuation
finale est bannie, et oscillant toujours entre deux pôles,
concret et abstrait, espoir et désespoir, visible et
invisible, amour et abandon, vie et mort, etc., sans qu'il ne
semble jamais possible de s'attarder sur l'un ou l'autre.
Ce procédé
génère des images à première vue
contradictoires, voire quasi fantastiques, et place le poète
dans un entre-deux inaccessible. Sa prise de position engagée
- engagement politique autant qu'amoureux - situe Aïcha
Arnaout hors de portée de la défaite :
" Je n'ai peur ni de la mort ni de la douleur car le bonheur
ne se trouve ni dans l'extinction ni dans l'éclosion
de la vie ".
Aurélie Soulatges
Cahier Critique de Poésie n°
9, p. 148, Marseille, 2005
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