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Les
Amants de l'ailleurs : la
Préface de Khatibi
Ce texte
est-il un poème ? Le récit d'un souvenir de désir
éperdu, passion et malheur ? Le tourment à effacer
par le mot le plus prodigue ? Le chant d'un contretemps pendulaire
? Mais l'intimité énigmatique de cette voix laisse
intacte la violence d'une liberté de ton et de genre
littéraire ; liberté farouche, déterminée,
souple en son orage, à la mesure de ce qui va se dire.
Ce qui
va se dire a la force d'un poème en prose récitatif
qui marche sur le feu. Feu tournant sur un vide radieux, le
vertige même.
Il faudrait suivre le rythme incandescent de cette voix, une
voix très visuelle qui projette un éclat d'images.
Vient-elle
d'une nuit de loin mystique ? Mais, c'est " une nuit phénix
", nous dit-elle. Une nuit onirique et ses oxymores.
La parole
et le silence, la vue et l'aveuglement des amants, l'écoute
et la vision tactile, début d'un chant, errance, aventure
scindée en désirs qui questionne, plaint et se
plaint.
Les Amants
de l'ailleurs ! C'est un ailleurs si proche qu'il met à
l'écart toute passion froide, un ailleurs en mouvement
extatique, à la suite ou à la trace d'un événement,
d'un mystère, d'un hasard dénoué sous le
pas de passant dans ce désert lumineux, si fertile, où
surgissent images filantes sur la " rencontre " et
" la chute ".
Pour s'orienter
dans ce vertige tissé par des mots en perpétuel
envol, il faut bien que le phénix en question transcende
l'épreuve du feu et de la douleur des amants. Transformer
la mélancolie en un art de réincarnation est la
vocation du poète lors de son voyage dans le passé.
Mélancolie initiatique au cri et au silence. Là,
le centre de gravité de ce dialogue suspendu dans le
vertige. Ce temps à arracher au langage fuyant de l'envol,
force circulaire d'une constellation de mots en chute libre.
Il s'agit
bien d'une apesanteur, le réveil du phénix à
chaque nuit blanche, chaque fois qu'il retrouve son point d'équilibre
dans le vide radieux.
La voix,
celle qui s'enrobe dans la rapidité de mots ailés
et de plumes éparpillées dans ses cendres. La
voix module la beauté envoûtante du silence, le
chant qui hésite, l'élan progressif de la jouissance
en mémoire, la solitude irradiée dans l'autre
nuit, celle de l'ailleurs. Une nuit qui voit, qui écoute,
touche, palpite, ne va nulle part, disséminée
en instants fulgurants.
Telle est
cette nuit-limite.
Rabat
le 20 août 2005
Abdelkebir Khatibi
Tel
Quel, Casablanca, 21/11/2005
Siham Issami
en est à son coup d’essai. Et c’est un coup de maîtresse,
qui retrace, en une nuit, les mots qu’ont laissé sur
son corps Les amants de l’ailleurs. Ce long poème défie
les limites formelles du genre. Il est aussi libre que le souffle
érotique qui le traverse. La douleur de la soif, la mélancolie
du désir, l’ambiance des départs, les visages
fermés, les habits froissés, les acrobaties du
plaisir, Issami expérimente tous les recoins de la langue
et les rides du lit. Ecrits au rythme haletant d’une artiste
assoiffée de mots, ces bouts de dialogue entre amants,
hachés par les silences de la vie et les maladresses
de l’envie, ne se lisent pas comme une contemplation. Ils vous
parlent, vous narguent. Et vous finissez par succomber à
leur charme.
Ed.
Al Manar (80 dh) |