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Ce site est dédié aux arts et à la littérature des pays du Sud méditerranéen - et plus particulièrement du Maghreb.
Découvrez avec nous les auteurs et les artistes que défendent les éditions Al Manar, Paris.

 

     


Expo Al Manar au cipM, Centre d'art de la Vieille Charité, Marseille, décembre 2010 - janvier 2011.

 

 

 

 

 

 

 


Azouzi, Kacimi, F. Belkahia, exposition collective à Bruxelles
montée par De Markten et Al Manar, 2001

éditions   galerie rê
 

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Les nouveautés :

 


Le troisième recueil de l'Arlésienne Estelle Fenzy. ISBN 978-2-36426-060-3. 15€

 

ROUGE VIVE, UNE BROCÉLIANDE AMOUREUSE ET SAUVAGE

J’ai reçu tout récemment le dernier recueil d’Estelle Fenzy. Rouge vive. Je l’attendais. Pelotonnée dans mes laines, je l’ai lu d’une traite. Et relu. En frissonnant. Avec fébrilité. Avec tendresse et crainte aussi. Estelle Fenzy excelle dans ces vers. Naturelle et profonde, sa parole poétique est belle et pure. Envoûtante.

Des voix se coulent, qui s’entrelacent dans une double attente, visible à l’œil. Soudain, après les poèmes qui préludent au conte, les italiques apparaissent. Le narrateur solitaire, dans son demi-sommeil, « convoie des rumeurs ». Qui sont-elles ? Quel secret est le leur ? Elles prennent les intonations d’une voix de femme. Qui confie son passé meurtri de morts marqué de sang. Rouge vive. Vivante parmi les morts, « cette femme au visage froissé » visite le rêveur et hante sa mémoire. « Qui était cette femme » ? « Je ne m’en souviens plus ». La poète interroge l’énigme. S’exhument au fil des pages des pans d’histoire d’un passé dont la poète est issue. Une histoire de guerre et d’amour spolié. La beauté énigmatique de ces pages aux poèmes brefs se nourrit du mystère d’une écriture qui s’ancre en un lieu à la fois précis et flottant, qui évoque les paysages hypnotiques du conte :

« C’est une vaste terre
de fougères et de pins

une forêt de profondeurs
arasée de ténèbres »

On y trouve une forêt, baignée en son centre d’une rivière. Des « berges friables » et des « roseaux » protecteurs. Faut-il franchir le « ponton du sommeil », écarter les « lianes qui reptilent », pour que la rencontre puisse avoir lieu ? Elle a lieu dans la solitude. Un soir de juillet. Elle est rencontre avec l’enfance.

Les poèmes en italiques accompagnent la voix qui confie un passé de femme endeuillée par la mort du « promis » emporté sous la mitraille :

« Je suis la dépossédée »

Peut-être cette femme est-elle la même que cette « aïeule » qui conduit le jeune homme aux abords de son secret ? Jeu de doubles hélices qui s’interpellent et se répondent dans la douleur et dans les blessures non cicatrisées :

« Elle ne voulait pas voir
l’échappée de lumière
au milieu de son deuil »

« Rejoindra-t-elle ce soir
mon piège de douleur

Entendra-t-elle
l’émeute de mes plaies

ma spoliation d’amour »

Les histoires se recoupent, qui entremêlent souvenirs et absences. Le sang était là, contenu dans le titre. Présence implicite qui couve sous la cendre, annoncée dans une nuit de « lune pleine », rencontrée par la suite sous la forme à peine déguisée des « rosiers sauvages ». Puis éclatante « sur le blanc de la neige… » « Éclosion d’incarnat ».

Les échos se poursuivent de part et d’autre du fil — « sourire rouge » « bouquet grenat » —, alternance des voix :

« La première fois
elle descendait vers la forêt »

« La première fois

J’allais à la forêt »

« Elle s’est blottie
dans l’étau de mes bras… »

« Il m’a guidée
vers son refuge
Maison tiède… »

Les gestes se rapprochent. L’énigme va-t-elle céder et laisser place à la lumière ? La fusion frôle, les histoires s’acheminent vers la rencontre de l’une avec l’autre. Peut-être vont-elles se rejoindre jusqu’à se fondre ? Le lecteur tremble, se perd dans cette brocéliande amoureuse et sauvage, qui se livre, cœur battant, dans « l’herbe fervente », aux abords de « rosiers carmins ». Jusqu’au geste final. Inattendu ? Rêvé ? À moins qu’il ne s’agisse, comme l’ensemble du recueil, de la chanson de Nick Cave, Where the Wild Roses Grow, dont un couplet est mis en épigraphe dans le cahier de tête de l’ouvrage, chanson revisitée — excellemment — par la poète.

Angèle Paoli in "Terres de Femmes" n° 134, janvier 2016
D.R. Texte angèlepaoli

 

Estelle Fenzy, Rouge vive, poèmes avec des dessins de Karine Rougier, par Pierre Perrin

Estelle Fenzy marie brièveté et fermeté de l’écriture. Pour être bref, son vers n’en est cependant pas moins plein, plein de sens ; et le poème qu’il lève, de sensations. Elle a renoncé, pour ce recueil éminemment construit, à la ponctuation, à la seule exception d’un point d’interrogation, page 43. On verra pourquoi. La quatrième de couverture annonce, en 3 lignes : « Une histoire d’amour. Chacune à leur tour deux voix pour la dire. Et les berges de la rivière où poussent les rosiers sauvages. » La première partie, délivrée par la voix d’un garçon, pose le décor de terre et de rivière, l’attente, entremêle le rêve éveillé, le souvenir déjà de l’enfant en butte à la solitude. La seconde partie tisse la douleur féminine, celle d’une femme dont le promis a été fauché à la guerre et dont la mémoire reste « emmurée dans sa bouche ». Sa fille apparaît ensuite et nous donne à découvrir, dans le filigrane de cette nature, un homme plus âgé qui fait penser à Nouvelle histoire de Mouchette de Bernanos, avec « à sa ceinture // un faisan colleté / pendu par les pieds ». On devine des observations de guingois, une attente qui s’embrase de part et d’autre, jusqu’à ce qu’après des mois sans doute, un jour, il frappe à la porte. C’est lui qui rapporte la question : « Veux-tu […] ? » Cet unique signe de ponctuation signe donc l’exquise délicatesse du rustre ; du moins est-il présenté, par autrui regardé, comme tel. Cette remarque géniale lui est prêtée : « Je compte bien les mots / par lesquels / je respire ». Et c’est l’attente, le frémissement de l’être dont le désir sourd sous la peau. Le poème fait surgir cette divination, puis installe la rencontre, la fusion, la confusion. Le titre, les dernières paroles près d’être refermées, prend un tout autre sens que celui page après page imaginé. Le recueil réserve en effet une chute, pareille à celle d’une nouvelle. C’est donc un vrai plaisir de lecture, d’autant plus intense qu’il est extrêmement maîtrisé, dépouillé, que nous offre Estelle Fenzy. Cette réussite est parfaite.
Estelle Fenzy, Rouge vive, poèmes avec des dessins de Karine Rougier, éditions Al Manar, 68 pages, 15 € [Pierre Perrin, 22 janvier 2016]

 

Rouge vive d'Estelle Fenzy par Yann Miralles


Après Chut et SANS, Estelle Fenzy poursuit, à pas comptés pourrait-on dire, une œuvre placée sous le signe du peu. Mais qu’on ne s’y trompe pas : si ces deux premiers titres, par leur brièveté comme par leur signifié, évoquent une absence, si la forme courte, ici comme là, est privilégiée, nous sommes bien loin d’une écriture blanche, recherchant dans l’énonciation-même quelque chose comme le silence. Au contraire, la voix qui se fait entendre dans ces livres – et surtout dans le dernier Rouge vive – présente bel et bien, comme l’affirme Brigitte Giraud, « un récit poétique », certes déployé, paradoxalement, dans le « dépouillé de la langue » et « une écriture serrée », mais un récit réel dont on suit les contours et les chausse-trappes, le maximum d’effets dans le minimum de mots, au fil des pages. D’où la si grande proximité de ce livre, dans son dit comme dans son dire, avec l’enfance…
Dans Rouge vive, le lecteur est plongé en effet dans le « Je ne me souviens plus » d’un temps comme hors du temps (« Depuis des millénaires / mon histoire se raconte ») et dans des lieux aussi élémentaires qu’indistincts, aussi communs que vaguement menaçants (« une vaste terre / de fougères et de pins », « les montagnes / au Nord de mon pays », « la forêt », « la rivière », etc.). Et les personnages qu’on rencontre ont tous quelque chose d’archétypal : les deux « Je » qui se répondent, les deux voix qui structurent le texte (l’une écrite en roman, l’autre en italique), semblent être celles d’un homme et d’une femme, ou plutôt du « petit garçon pieds nus » et d’une « encore fille », auxquelles s’ajoutent « ma mère » ou « L’aïeule » (et donc l’évocation de la filiation), le défunt ou l’absent (« son porté disparu ») et le personnage de l’ogre (le « forceur de femmes », sur lequel il faudra revenir). En bref, tout ici nous renvoie à l’univers des contes.
Mais l’enfance n’est pas que ce nous dit le texte, il est aussi sa manière et sa matière. Les soixante-six pages de ce livre sont autant de petits textes (jamais plus de huit lignes) où le vers bref et l’espacement ne sont pas une coquetterie : ils ne cessent de faire signe vers une légèreté et une gravité indémêlables, à la manière des comptines et autres chants anciens dont la simplicité des mots (façon de rendre vive « sa mémoire / emmurée dans sa bouche ») ne donne que plus de force à la douleur latente. C’est ainsi qu’on pourrait entendre dans tel ou tel aveu un principe d’écriture du poème entier : « Je compte bien les mots / par lesquels / je respire » ou « Son beau visage / consonance / à ma douleur » disent ce primat accordé au rythme et au consonantisme, à une petit musique qui résonne discrètement mais sûrement à travers, par exemple, l’entremêlement des (m) et des (k), dès la première page (« mon manteau // m’accompagne / tout le jour // me caresse / quand je dors ») et dans de nombreux passages (« claquant les draps les chemises // Mon cœur tissu fragile / se déchire // à l’écho des combats / dans les cotons tremblants »). Le centre du livre donne même à lire ces quatre lignes au rythme égal (3/3/3/3) où se retrouvent ces répétitions de consonnes et les sonorités en (y/u) et en (o) :

A grand coups
de marteaux
sur les murs
de ma peau –

comme autant de rimes simples, mais internes au poème. De même, l’invention verbale dont fait preuve Estelle Fenzy, là aussi de manière sporadique et d’un pas léger (« Ses lianes reptilent », « Je mendiante l’amour »), se lisent comme des traces d’une enfance joueuse laissées à même la surface du texte.
Surtout, ce poème s’offre comme un récit initiatique. D’une voix à l’autre, d’une découverte à une autre, tout dit ici le passage et l’épreuve, l’expérience à acquérir (« j’ai découvert / les rosiers sauvages »). Reflet plus ou moins trouble d’une personnalité sous et dans le dire enfantin, ainsi que Bettelheim nous y a rendus familiers, le poème-conte évoque tout ensemble « La première fois » et la mort-renaissance d’un sujet. Car l’amour – entendu d’abord dans son sens physique – est bien la grande affaire ici. Du « cœur d’attente » au « Je suis la faim la soif / la fureur au bord de moi », du « Je suis la sève montante / le bouillonnement des mousses » à « mon appétit d’ogre », les deux voix, masculine et féminine ne cessent de clamer leur mutuelle attirance, et sont mues par une force érotique et mortifère. C’est ainsi que ces pages, empruntant autant au lyrisme amoureux qu’au genre du thriller (la menace et le « chagrin », « les vases de la dévastation » et la mort, cheminent en sourdine), se dénouent dans une étreinte amoureuse (« Il m’attendait de tous ses bras », « Elle s’est blottie / dans l’étau de mes bras », « allongée // je nomme aveu / mes mouvements de fruit / mon audace sereine », « Sur la rive des feuilles humides / elle s’est offerte », etc.) et dans une mise à mort : « Dans sa main droite // une pierre » trouve comme écho le tragique « J’ai frappé son front », le « Je » masculin devenant lui-même l’ogre honni.
Alors oui, redisons-le : comme dans nombre de récits pour les enfants, il est bien question de passage ici – de passage à l’âge adulte et de passage de vie à mort, de mort à vie. Ainsi se comprend, jusque dans le titre, l’importance de la rose : à la fois motif lyrique traditionnel (« Il a frappé à ma porte / m’a tendu un bouquet grenat ») et figure métonymique de la femme et de sa virginité (« je t’emmène là où poussent / les roses sauvages »), elle est liée au sang (« Il sera mon premier homme / celui qui fait couler le sang »), « fleur sanglante » qui, à la faveur de l’image du Perceval, peut renvoyer au « sang / sur la neige » et devenir symbole de mort. Pourtant la dernière page, tout comme les mots qui ouvraient le livre, empruntés au chanteur Nick Cave, évoquent le rouge, la fleur et le sang comme un même principe de transformation :

La vie doucement s’est fanée
dans ses yeux étonnés

Et sur sa bouche
ronde et rouge

Clameur éteinte
rendue à la rivière

Rose parmi les roses

Sauvage –

un principe de transformation qui fait de la fleur du poème, non l’absente de tout bouquet, mais une parole qui continue, présente et à partager, et de l’œuvre d’Estelle Fenzy un vrai parcours de vie.

 

Etel Adnan et Joël Leick : Dans cette nuit, toutes les nuits

 


Huit poèmes inédits d'Etel Adnan, manuscrits par l'auteur et reproduits en fac-simile en page 3 de chacun des huit cahiers composant ce livre d'artiste.

 


En page 1 de chaque cahier, une composition de Joël Leick, en accord avec le texte et ouvrant sur celui-ci par un ensemble de découpes.

 

 


Chacun des 21 exemplaires de cette édition, imprimée sur BFK Rives de 250 gr sous couverture rempliée, est unique, numéroté et signé par l'auteur et par l'artiste.
Les sept premiers exemplaires sont enrichis du manuscrit original de l'un des huit poèmes d'Etel Adnan (L'exemplaire n° 1 contient deux manuscrits).

 


Frontispice du tirage de tête (ex. 3/20). Chaque exemplaire est rehaussé de dix peintures originales de Marie Alloy.


ISBN 978-2-36426-059-7

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Qu’on le veuille ou non, chacun s’inscrit dans une lignée. On peut se croire libre de toute attache ou se vivre indéfectiblement lié aux ancêtres.
Lorsque ceux-ci sont gens de peu, paysans obscurs ayant traversé l’épreuve d’une guerre dont on perçoit en soi-même les ultimes résonances, le désir de saluer leur courage quotidien, leur opiniâtreté s’impose, insiste. On cherche alors une vérité fuyante cachée entre les lignes de quelques cartes postales de 1915 écrites au crayon par une main fébrile et retrouvées dans une vieille ferme menaçant ruine au fond des bois. La nature, dans sa luxuriance, travaille à effacer les traces de ce qui fut.
On rêve alors de sauver de l’oubli, si peu que ce soit, ces Joseph, Élise, Gabriel, Marthe, humbles anonymes qui sont notre source.

Françoise Ascal est poète et écrivain. Elle a souvent travaillé avec des peintres, et donné de nombreuses lectures accompagnées de musiciens. À travers différentes formes (poèmes, récits, notes de journal, livres d’artistes) ses textes interrogent la matière autobiographique, explorent la mémoire et ses failles, croisent l’intime et le collectif.

Marie Alloy est peintre, graveur, auteur et éditeur ; elle aime accompagner d’encres ou de peintures les textes avec lesquels elle est en résonance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


ISBN 979-10-90836-49-5

 

 

 

 

 

 

 

 

Trois nouvelles du Sud : l’étrangeté s’y glisse au cœur du quotidien, l’inquiète et le subvertit intimement.

A Bari les enfants...
L’écorché de Lodi
L’Ophélie de Chioggia

Trois textes brefs qui font frémir le réel au grand soleil de l’Italie - au pays des vivants et des morts.

Henri-Michel Boccara vit et écrit à Marrakech. Une dizaine de ses pièces de théâtre ont été produites par France Culture ; il est par ailleurs l’auteur de cinq romans et de plusieurs recueils de nouvelles.

Les éditions Al Manar ont publié de lui Tunis-Goulette-Marsa, un récit d’enfance à Tunis durant la guerre, et Au commencement, qui revisite avec humour l’image de la femme dans le récit biblique, en trois courts récits.

Mylène Besson vit et travaille à Chambéry. Elle accompagne d’un dessin chacun de ces textes. « Avant d’être de la matière assemblée sur un support, une peinture, un dessin, c’est de la vie. La matière première que je travaille c’est le flux qui me pénètre, l’indéfinissable des affects. C’est du noir, du désir. »


page centrale du tirage de luxe (format 28 x 20) : dessin original de Mylène Besson. 20 ex.

Salah Stétié / Diane de Bournazel : Rien, la beauté (Bibliophilie contemporaine)


Poème de Salah Stétié typographié au plomb sur Arches au format 28 x 20 cm, Al Manar septembre 2015.
Douze exemplaires, tous uniques.
L'une des doubles pages de Rien, la beauté rehaussées d'interventions originales par Diane de Bournazel

 



Werner Lambersy Prix Mallarmé 2015